Lundi 22 avril 2019 | Dernière mise à jour 23:29

Responsabilité des multinationales «La Suisse doit être pionnière, il en va de notre réputation»

Un collectif d'organisations non gouvernementales a lancé une initiative «Entreprises responsables» visant à introduire un devoir de diligence. Interview avec Manon Schick, directrice d'Amnesty International Suisse.

Manon Schick, mardi 21 avril, lors de la conférence de presse pour le lancement de l'initiative.

Manon Schick, mardi 21 avril, lors de la conférence de presse pour le lancement de l'initiative. Image: Keystone

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Les multinationales suisses doivent respecter les droits humains et l'environnement aussi dans leurs activités à l'étranger. Un collectif de 66 ONG a lancé mardi 21 avril à Berne une initiative populaire «Entreprises responsables» visant à introduire un devoir de diligence. Ses promoteurs - parmi lesquels les anciennes conseillères fédérales Ruth Dreifuss et Micheline Calmy-Rey ou l'ex-procureur et conseiller aux Etats Dick Marty - ont jusqu'au 21 octobre 2016 pour recueillir les 100'000 signatures nécessaires à l'aboutissement. Explications avec Manon Schick, directrice de la section suisse d'Amnesty International.

Le Matin: Que demande concrètement votre initiative?

Manon Schick: Elle demande des règles contraignantes pour les multinationales basées en Suisse. Ces dernières seront tenues de respecter les droits humains et l’environnement, y compris lorsque ce sont des agissements de leurs filiales à l’étranger. Les initiatives volontaires prises jusqu’ici sont clairement insuffisantes. Nous avons constaté ces dernières années que les entreprises sont très friandes de montrer leurs bons résultats, qu’elles se montrent responsables sur le plan social et qu’elles respectent les droits humains et l’environnement. Dans les faits, malheureusement, on voit de nombreuses situations où des entreprises violent les droits des populations à l’étranger.

Avec votre texte, une personne se trouvant à l’étranger pourra donc porter plainte en Suisse?

Oui. Les victimes, seules ou en collectif, pourront porter plainte dans notre pays. Prenons l’exemple d'un enfant forcé de travailler dans une mine par une filiale suisse en Zambie. On pourrait dans ce cas imaginer qu'il puisse se retourner contre la maisonmère qui se trouverait en Suisse.

La Suisse doit-elle être jouer un rôle précurseur?

Effectivement. Je rappelle que les principes en la matière édictés par l’ONU ont été adoptés par le Conseil des droits de l’homme en 2011 à Genève. Ils sont très importants car ils prévoient à la fois des initiatives volontaires mais aussi des règles contraignantes pour les entreprises. Nous espérons donc que la Suisse continue à jouer un rôle pionnier dans la responsabilité des entreprises. Il en va de notre réputation. Il en va aussi du fait que notre pays est celui qui abrite le plus grand nombre de multinationales par habitant. Nous avons donc un rôle à jouer plus important que d’autres pays.

Craignez-vous aussi que la Suisse devienne un paradis pour multinationales et que l’on revive le scandale du secret bancaire?

Oui. Nous avons malheureusement vu ces dernières années que des entreprises se sont installées en Suisse uniquement pour des raisons fiscales ou pour ses règles peu contraignantes. Et nous ne voulons pas qu'elles viennent chez nous juste pour y placer leur siège et qu’ensuite elles commettent des abus à l’étranger. La réputation de la Suisse en pâtirait.

Ne risque-t-on pas de voir certaines multinationales quitter la Suisse avec votre texte?

Il y a évidemment un petit risque que certaines entreprises délocalisent. En même temps, il faut voir que si elles s’installent dans d’autres pays, il y a fort à parier que ceux-ci adoptent aussi des règles contraignantes puisque c’est une dynamique internationale. Et puis ce serait quand même très mauvais pour l'image d'une entreprise si elle avoue quitter la Suisse parce qu’on lui demande de ne pas employer des enfants, de ne pas polluer une rivière ou de ne pas réduire des gens en esclavage...

Les entreprises sont déjà confrontées au franc fort. N'est-ce pas leur mettre encore plus de bâtons dans les roues?

Il s'agit de respecter les droits fondamentaux. Aujourd’hui, personne ne serait d’accord chez nous que son enfant travaille dans une entreprise. Pourquoi devrait-on accepter que dans une filiale suisse à l’étranger, l’on emploie des enfants? Bien sûr, les entreprises sont aujourd’hui dans une situation difficile. Il y en a quand même plusieurs qui nous ont dit qu’elles étaient favorables à notre initiative car le fait que des entreprises produisent à très bas coût en se comportant mal à l’étranger représente une concurrence déloyale pour elles. Donc, pour celles-là, il y a intérêt à soutenir notre démarche.

Une motion allant dans le sens de l’initiative a été refusée de justesse en mars au parlement. Pensez-vous avoir plus de chance auprès du peuple?

Il y a en ce moment une très bonne dynamique sur ce sujet sur le plan suisse et international. En Suisse, on a presque réussi à obtenir que cette responsabilité des entreprises soit ancrée dans la loi. Cela a échoué de très peu. A notre avis, il est donc possible que nous réussissions à faire passer notre initiative auprès des Suisses. En outre, au niveau international, il existe différents pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la France qui ont pris de telles mesures ou qui sont en train de les prendre. Cela nous donne évidemment confiance.

(nxp)

Créé: 21.04.2015, 16h19

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