Mercredi 26 juin 2019 | Dernière mise à jour 22:18

Analyse Suisse: un homme sur cinq est-il un prédateur sexuel?

Selon le sondage d'Amnesty International, une femme sur cinq a déjà été victime d'un acte sexuel non consenti en Suisse. La statistique est moins facile à établir du côté des agresseurs.

La difficulté du sujet tient aussi de la nature complexe de la sexualité humaine. Comment concilier les fantasmes de domination-soumission avec la notion de consentement?

La difficulté du sujet tient aussi de la nature complexe de la sexualité humaine. Comment concilier les fantasmes de domination-soumission avec la notion de consentement? Image: istock

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les chiffres annoncés mardi sur les femmes victimes de violences sexuelles en Suisse ont sonné comme un coup de tonnerre dans un ciel presque bleu. Une femme sur cinq dit avoir subi dans sa vie un acte sexuel non consenti.

Amnesty International, qui a commandé ce sondage, lance une pétition à l'adresse de Karin Keller-Sutter pour adapter la loi actuelle et y introduire la notion de «consentement». Tout acte sexuel non consenti doit être considéré comme une infraction pénale. «Seul un oui est un oui»: tel est le message à répéter encore et encore.

Et l'inverse ?

La loi mettra longtemps à bouger. La majorité bourgeoise et conservatrice à Berne n'est pas du genre à s'affoler pour le sondage d'une ONG. Cela dit, si une femme sur cinq est victime d’une contrainte sexuelle, quelle est la proportion d’agresseurs chez les hommes? Un sur cinq aussi? S'il faut voir l'ampleur du phénomène d'un côté, il faudrait le voir de l'autre. Mais on voit mal une enquête demander aux hommes s’ils ont déjà contraint sexuellement une femme d'une manière ou d'une autre. Un sur cinq, cela concernerait déjà beaucoup de monde...

La sexualité complexe

Au-delà de ce que peut faire la loi, la difficulté de ce sujet tient aussi de la nature complexe de la sexualité humaine. Dans tout fantasme se déroule un jeu de domination et de soumission. Bien des couples mettent en scène des situations ambiguës. L'immense succès de la romance «50 nuances de Grey» est intéressant à cet égard. Le public a été friand de cette histoire où sont mises en scène la servitude, la discipline ou la soumission sexuelle. Un rapport qui n’est cependant pas à sens unique. Ici un «non» est parfois le prélude à un «oui». Dans l'esprit de certains hommes, la résistance d'une femme est alors perçue comme un encouragement.

Supériorité masculine

Mais ce n’est pas de littérature dont parle le sondage d'Amnesty International. La violence qu'elle évoque n'est pas celle d'un jeu de rôle au sein du couple. On parle ici de cette violence au premier degré qui relève de l’intention de faire du mal, de posséder, de blesser comme le ferait un coup de couteau. Chez certains hommes, elle est légitimée, souvent inconsciemment, comme une forme de supériorité masculine, qui trouve son origine dans la religion même. La femme, sortie de la côte de l’homme, a été créée par Dieu pour le servir.

Sphère privée

La stratégie d'Amnesty International avance qu'un changement de loi est un préalable à un changement de mentalité. Les deux doivent avancer en même temps. Le mariage ou la notion de couple sont encore vécus comme une «appartenance» mutuelle. Cette notion de propriété d’un être sur un autre est encore très ancrée culturellement. C'est d'ailleurs dans le cadre de la sphère privée et domestique que la majorité des actes sexuels non consentis ont lieu. Dans ces cas-là, il est difficile de dénoncer les proches agresseurs sans faire éclater la famille. C'est là que se niche la principale difficulté à faire avancer la cause. (Le Matin)

Créé: 22.05.2019, 17h57


Sondage

La vague de chaleur à 40° qui s'annonce cette semaine sur la Suisse vous inquiète-t-elle?



S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.