Mercredi 23 octobre 2019 | Dernière mise à jour 18:40

Votation du 9 février «La Suisse est obligée d'avoir recours aux étrangers»

Le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR), directeur de l'Union suisse des paysans, s'oppose farouchement à l'initiative de l'UDC «Contre l'immigration de masse». Il explique ses raisons.

Jacques Bourgeois craint que le monde agricole soit fortement mis à mal par un «oui» à l'initiative de l'UDC.

Jacques Bourgeois craint que le monde agricole soit fortement mis à mal par un «oui» à l'initiative de l'UDC. Image: Keystone

Galerie photo

Les secteurs économiques touchés par l'initiative UDC

Les secteurs économiques touchés par l'initiative UDC Voici les secteurs qui souffriraient, selon 12 associations faitières, si l'initiative de l'UDC «contre l'immigration de masse» était acceptée par le peuple le 9 février prochain.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Douze associations sont montées au créneau lundi 6 janvier 2014 pour appeler à refuser l'initiative de l'UDC «Contre l'immigration de masse» le 9 février. Parmi elles, economiesuisse, l'Union patronale, l'Union suisse des arts et métiers (USAM), hotelleriesuisse, Swissmem. Les douze patrons des patrons ont tous dépeint les conséquences désastreuses qu'aurait pour l'économie une acceptation de l'initiative isolationniste de l'UDC. Parmi eux, le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR), directeur de l'Union suisse des paysans. Il explique les raisons de son «non».

Le Matin - Concrètement, que risque l’agriculture suisse si l’initiative de l’UDC «Contre une immigration de masse» passe?

Jacques Bourgeois: l’agriculture suisse est tributaire de 20'000 personnes étrangères pour fonctionner. Certains secteurs sont plus concernés que d’autres, comme les cultures maraîchères où l’on récolte les salades à la main. Avec le retour des contingents comme le réclame l’UDC, les branches qui créent le plus de valeur ajoutée seraient privilégiées lors de l’attribution des permis et c’est d'abord une main-d’œuvre qualifiée qui viendrait en Suisse.

Certaines exploitations agricoles seraient alors obligées de réduire leur intensité de travail. Avec un gros risque: nous serons toujours plus dépendants de l’étranger pour notre approvisionnement, alors qu’aujourd’hui, une denrée alimentaire sur deux que nous consommons en Suisse vient déjà de l’étranger.

Comme tous les autres secteurs économiques en Suisse, vous craignez en outre les coûts administratifs produits par le retour des contingents…

Effectivement. On l’a constaté lorsque nous étions sous ce régime-là: les tracasseries administratives liées au recrutement de main-d’œuvre étrangère sont très importantes. Et il ne sera pas évident, en cas de «oui» le 9 février, de créer des bureaux dans les pays de l’UE pour recruter le personnel dont nous aurons besoin. Cela nuirait à la Suisse en termes de concurrence.

Vous accusez l’UDC de ne fournir aucune solution avec cette initiative contre l’immigration de masse. Mais la réalité est là: toujours plus d’étrangers arrivent et s’installent en Suisse. Or, du côté de monde de l’économie, on ne fournit pas non plus de solution...

Je ferai simplement ce constat: à l’heure actuelle, nous avons un déficit de 25'000 personnes par année entre le nombre de gens qui prennent leur retraite et ceux qui entrent dans la vie active.

Comment faut-il faire pour combler ce déficit si l’on veut continuer de prospérer comme aujourd’hui ? Réponse: en engageant des étrangers puisqu’il y a de moins en moins de main-d’œuvre suisse sur le marché! Il est clair que l’on peut aussi décider de réduire la voilure économique. Mais cela touchera alors notre bien-être, notre pouvoir d’achat, etc. Je ne crois pas que l’on veuille aller dans cette direction-là. En outre, il faut rappeler que le PIB n’a pas régressé depuis l’introduction de la libre-circulation des personnes, au contraire, il a même augmenté. En outre, le plein emploi a aussi augmenté. Alors est-ce que la libre-circulation a péjoré notre système? Je ne crois pas, mis à part les problèmes de logement et les questions de mobilité…

Mais justement où va-t-on loger tout le monde en Suisse si on continue comme aujourd’hui d'accueillir des travailleurs étrangers?

Ce ne sont pas les étrangers qui font le plus pression sur le logement en Suisse. C’est un élément du problème, mais ce n’est pas le principal. C’est le fait que l’on a densifié l’habitat avec la première révision de la loi sur le territoire, ceci pour éviter le mitage. Il n’est donc plus possible de s’étendre n’importe où. C’est dû également au fait que les Suisses ont des espérances de vie toujours plus longues, qu’il y a de plus en plus de familles monoparentales ou recomposées, ce qui nécessite des logements, et qu’en plus, nous voulons avoir toujours plus de place par personne.

En quelques années, nous sommes passés de 34 à 48m2 d’espace moyen par habitant! La solution pour loger bien des personnes supplémentaires sans toucher au sol, ce serait de prévoir un ou deux étages de plus pour toute nouvelle construction ou d’ajouter des étages à ceux existants. Côté mobilité, il faut également se développer. Le financement et l’aménagement de l’infrastructure ferroviaire (FAIF), sur lequel les Suisses voteront également ce 9 février, est l’une des pistes pour améliorer la situation.

Aujourd’hui, la Suisse compte 8 millions d’habitants et les soldes migratoires sont toujours plus importants. Jusqu’à combien d’habitants notre pays peut-il accueillir?

C’est très difficile à dire. Berne prévoit de 10 à 11 millions d’ici 2050. Mais il n’est pas possible de fixer un nombre limite d’habitants. Tout dépend de cette question: veut-on le plein emploi et une économie prospère ou pas? Si oui, nous n’avons pas le choix: pour compenser la perte de main-d’œuvre suisse due au fait que toujours plus de personnes partent à la retraite pour toujours moins de jeunes qui arrivent sur le marché du travail, nous serons obligés d'avoir recours aux travailleurs étrangers. Alors retourner au système des contingents comme le souhaite l'UDC, remettre en question la libre circulation des personnes et mettre ainsi en péril les autres accords bilatéraux avec l’UE, ce ne serait pas un pan de l’économie mais toute la maison qui s’écroulerait.

Créé: 06.01.2014, 16h00


Sondage

Selon vous, faut-il conserver...




Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.