Lundi 16 juillet 2018 | Dernière mise à jour 13:51

Neuchâtel Médecin accusé d'homicide par négligence

Le résident d'un home avait perdu la vie, en octobre 2016, après un surdosage. Un praticien est à la barre des accusés.

Le prévenu risque 60 jours-amende avec sursis. (Photo d'illustration)

Le prévenu risque 60 jours-amende avec sursis. (Photo d'illustration) Image: Keystone

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Un médecin comparaît devant le Tribunal régional à Neuchâtel pour homicide par négligence. Le pensionnaire d'un home est décédé en 2016 après un mauvais dosage de médicament. Le médecin a contresigné une fiche erronée.

Le procureur général Pierre Aubert, qui n'est pas venu à l'audience, requiert une peine de 60 jours-amende avec sursis. Il retient la prévention d'homicide par négligence ou, subsidiairement, de mise en danger de la vie d'autrui.

Les avocats des trois filles de la victime adhèrent à la réquisition du procureur. Ils demandent des indemnités pour tort moral pour leurs clientes. Quant à l'avocat de la défense, il demande l'acquittement de son client. Le verdict tombera mardi prochain.

Couacs en série

C'est l'histoire d'un monsieur qui approchait les 79 ans et qui a séjourné dans pas moins de quatre établissements en cinq mois. Il est passé d'un hôpital à un autre, puis dans un home à Val-de-Travers, puis dans un autre home dans la même commune.

Le dimanche 9 octobre, quelques jours après le transfert dans ce home, le patient chute et le personnel appelle son médecin traitant. Après l'examen, un infirmier en profite pour demander au médecin de signer une fiche de traitement (qui n'a rien à voir avec la chute).

Mais la fiche contient une erreur pour l'un des médicaments que prenait le patient depuis des années, le Methotrexat. Ce papier préconisait un dosage quotidien, alors que le produit ne devait être donné qu'une fois par semaine, le mercredi.

C'est une infirmière qui avait commis une erreur de retranscription le jeudi précédent. Après un couac de transfert de dossier entre les homes, elle avait finalement reçu la fiche par un fax peu lisible. Elle avait alors rédigé un nouveau document.

Hospitalisation tardive

Le mardi, le home informe le médecin de ce surdosage. Ce dernier ordonne l'arrêt du médicament, et dit aux infirmiers de faire hospitaliser le patient si son état se détériore. L'hospitalisation n'a lieu que le vendredi. Le patient décède une semaine après.

Selon le procureur général Pierre Aubert, le médecin aurait dû prêter une attention particulière en signant, vu les effets secondaires connus en cas de surdosage du produit. Puis il n'a pas pris les mesures nécessaires pour en réduire les effets néfastes: prescrire immédiatement un antidote et ordonner l'hospitalisation.

Concernant l'infirmière qui avait mal copié les données sur la fiche de traitement, le Ministère public avait déjà conclu à une ordonnance de classement.

Swissmedic a mis en garde

La validation des documents de traitement est importante, ce n'est pas une banale formalité, a souligné Michel Montini, l'un des avocats des filles de la victime. Le médecin, qui a une position hiérarchique supérieure à l'infirmière, ne peut pas seulement «s'y fier» mais doit «vérifier», a-t-il ajouté.

Le Methotrexat est utilisé dans le traitement de certains cancers mais aussi pour divers autres traitements dans des dosages moindres. Quelques mois avant le drame, Swissmedic avait rappelé sa toxicité sévère. Plusieurs personnes âgées étant décédées après surdosage, l'autorité de contrôle avait appelé le corps médical à la prudence. Une fois informé du surdosage, le médecin est parti comme prévu pour son séjour de quelques jours dans le sud de la France. Il n'a même pas alerté un médecin de garde, a ajouté M. Montini.

Le mal était fait

De son côté, l'avocat du prévenu a rappelé que le surdosage au sein du home avait déjà lieu depuis plusieurs jours, avant même la signature du médecin. Il y a donc une rupture de causalité entre cette signature et le décès, selon lui.

La confiance est absolument nécessaire quand on travaille dans un réseau de soins, a ajouté le défenseur. Le document était censé être une réimpression du document original. Personne n'a signalé au médecin que ce document était issu d'une retranscription laborieuse.

Le médecin dit avoir été profondément marqué par cette affaire. Il regrette ce qui s'est passé, sans pour autant en admettre la responsabilité. (ats/nxp)

Créé: 13.02.2018, 13h55


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