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Police L’avenir à la police de Monica Bonfanti se joue à «fifty-fifty»

La place de Monica Bonfanti, cheffe de la police genevoise, n’est pas acquise. Son maintien dépendra de sa capacité à se glisser dans les habits du chef idéal version Cpt Maudet.

Pour certains partis, comme le MCG, «licencier Monica Bonfanti serait la première grande erreur politique de Pierre Maudet».

Pour certains partis, comme le MCG, «licencier Monica Bonfanti serait la première grande erreur politique de Pierre Maudet». Image: Laurent Guiraud

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«La cheffe de la police est sur la sellette, Maudet veut s’en séparer.» La rumeur, qui a circulé toute la semaine à Genève, est-elle fondée?

Un certain nombre de signes jettent le doute sur la confiance que Pierre Maudet, nouveau conseiller d’Etat en charge de la police, accorde à sa cheffe. A commencer par la multiplication d’injonctions faites à Monica Bonfanti depuis cet été. Des consignes nouvelles, une feuille de route, l’ordre de rédiger différents scénarios, de répondre «entièrement» aux recommandations de la Cour des comptes, la liste s’allonge de jour en jour. «Monica Bonfanti est chargée de devoirs», persifle le monde politique genevois.

La grande lessive opérée par Pierre Maudet dans son département n’est pas passée inaperçue. Sans sourciller, il a changé de secrétaire général, écarté la directrice de la prison pour mineurs La Clairière, déplacé le directeur de l’Office pénitentiaire. Il apparaît clairement que le magistrat assoit son autorité par la rupture. On peut supposer qu’il ne considère pas les couacs du passé comme uniquement imputables à ses prédécesseurs, mais aussi nés de manquements du côté du commandement de la police.

Pour ne rien arranger, la Tribune de Genève révélait jeudi que la cheffe de la police risquait une poursuite au civil pour une affaire de violation présumée de son secret de fonction. Un dossier très similaire avait débouché sur la condamnation pénale d’un ancien, et très respecté, chef de la police genevoise. Monica Bonfanti n’a pas été sanctionnée, la Chambre pénale ayant conclu à une «culpabilité peu importante». Une faute sans gravité donc, mais qui pourrait être perçue comme «une casserole».

Trop proche de la troupe?

Un bon chef de la police, dans la tradition militaire avec laquelle souhaite renouer Pierre Maudet, dispose d’une forte autorité et d’un ascendant clair sur les troupes. Il doit aussi être capable de gérer l’opérationnel et d’entraîner la troupe sur le chemin des réformes. C’est sur ce dernier point, celui de la compétence à conduire le changement, que Monica Bonfanti joue notamment son avenir. Est-elle véritablement la bonne personne pour mettre en œuvre la grande réforme de la police genevoise, «Phénix», initiée par Isabel Rochat? La question reste ouverte, notamment à cause de certains soutiens. Celui par exemple, nouveau et déjà affiché, de l’Union du personnel du corps de police (UPCP), le syndicat de police.

Il peut être interprété comme le signe d’un apaisement et d’un respect retrouvé entre les gendarmes et la cheffe. Mais aussi comme le symptôme, plus problématique pour Pierre Maudet, d’une hiérarchie qui par confort s’est mise à faire «du caporalisme», s’identifiant à la troupe plutôt qu’au commandement. Autrement dit, une hiérarchie devenue trop proche de la base. C’est sur sa loyauté totale au commandement que Monica Bonfanti sera jugée.

Pas de stratagème

Pierre Maudet, bien qu’exigeant, n’est pas connu pour monter «des dossiers» contre ses collaborateurs. Christian Antonietti, président du syndicat de police UPCP, en est convaincu: «Il met la pression sur tous les collaborateurs, au sens positif du terme, pas uniquement sur la cheffe.» Le conseiller d’Etat serait adepte de la discussion entre adultes plutôt que des stratagèmes. Il dit d’ailleurs gouverner sans a priori: «Je lui adresse quasi quotidiennement des demandes et elle me répond tout aussi régulièrement.»

Avenir incertain

Le maintien de Monica Bonfanti est sans doute l’une des premières questions que le magistrat s’est posée, dès son entrée en fonction. Ses chances de garder son poste? «Fifty-fifty», estiment plusieurs sources bien informées. «Vu les conditions, elle n’a pas fondamentalement failli», estime le libéral Renaud Gautier. C’est même «une femme intelligente et courageuse, capable de garder le cap dans un monde d’hommes, ce qui n’est pas rien», estime la socialiste Loly Bolay, qui espère que Pierre Maudet la gardera. Le MCG, lui, montre déjà les dents: «Nous n’accepterons pas que Monica Bonfanti serve de fusible à l’incompétence des conseillers d’Etat successifs. La licencier constituerait la première grande erreur politique de Pierre Maudet», prévient Roger Golay, ancien policier et président du Mouvement citoyens genevois.

Si Pierre Maudet se séparait maintenant de Monica Bonfanti, sans dossier contre elle, sans qu’elle ait commis d’erreurs, juste pour donner «l’image du changement», cela créerait un précédent à Genève. Seul Christian Coquoz, suite à l’affaire de la balle marquante, avait été poussé à la démission par la magistrate Micheline Spoerri. Pierre Maudet incarne la nouveauté, Monica Bonfanti la continuité. Peut-être y trouveront-ils leur équilibre.

Créé: 07.10.2012, 09h12

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