Samedi 16 février 2019 | Dernière mise à jour 09:43

Soignants Des cours pour respecter les seniors

Une association romande apprend aux futurs soignants à mieux respecter les seniors. «Le Matin» a assisté à un cours en Valais.

Pour faire réfléchir les jeunes à la thématique, l’association utilise des boîtes faites main représentant des scènes de seniors en souffrance.

Pour faire réfléchir les jeunes à la thématique, l’association utilise des boîtes faites main représentant des scènes de seniors en souffrance. Image: Maxime Schmid

Conseils aux proches

Pour détecter d’éventuelles maltraitances, les intervenantes de l’association Prendsaplace encouragent les familles à rester attentives aux signes physiques, comme des hématomes sur les bras et les jambes de leurs proches âgés. «Mais il est aussi très important de questionner la personne, souligne Sophie Lattion. Comment se passent les repas, les soins? Car, souvent, les patients ne parlent pas spontanément, craignant que la situation n’empire, ou même que les soignants les accusent de mentir.» Sa collègue Ray-Anne Coppex tient à relever que la maltraitance, notamment psychologique ou financière, provient parfois aussi de la famille, en particulier chez les seniors qui ne vivent pas en institution.

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«Pendant un stage, je devais faire boire son thé à un patient. J’ai insisté encore et encore, au point qu’il a fini par me lancer la tasse dessus. Rétrospectivement, je réalise que je n’étais pas assez à l’écoute.» Comme le reste de sa classe, Mohamed, 19 ans, se destine à une carrière dans les soins. Ces jeunes de l’École professionnelle de Châteauneuf (VS) reçoivent aujourd’hui les trois intervenantes de Prendsaplace, une association qui lutte depuis bientôt trois ans contre les violences à l’encontre des personnes âgées.

Pour faire réfléchir les jeunes à la thématique, l’association utilise des boîtes faites main représentant des scènes de seniors en souffrance. L’une d’entre elles montre un vieil homme nu sur son lit à qui l’on fait sa toilette. Un manque de respect qui fait bondir les élèves. «Il faut le couvrir. Et fermer la porte! En plus, le soignant n’utilise qu’une lavette, alors qu’il en faut deux: une pour le haut et une pour le bas.»

La fondatrice de l’association, Sophie Lattion, explique la prise de conscience qui l’a menée à lancer ce projet. «J’ai été témoin d’actes de maltraitance graves, relève l’infirmière. Lorsque j’ai dénoncé ces comportements, ma hiérarchie a minimisé et n’a rien fait pour empêcher que cela se reproduise.» Si la violence peut être intentionnelle, elle découle souvent d’une simple négligence ou encore d’un manque de formation. L’infirmière dénonce un système dans lequel «on se surprend à faire des choses inacceptables».

Maltraitance subtile

Brutalité physique et verbale, mais aussi négligence et manque de respect… La maltraitance prend des formes aussi subtiles que variées. Ray-Anne Coppex, infirmière à domicile, souligne que «maltraiter un patient, cela peut aussi être de l’appeler par son prénom alors qu’il ne le souhaite pas ou lui parler de manière infantilisante. Ou encore l’empêcher d’aller voter.» Sa collègue Sophie Lattion raconte comment forcer un senior à manger ou à se laver peut constituer la première étape d’une spirale dangereuse: «Face à des refus répétés et à des réactions de défense, on décide parfois d’administrer des calmants aux patients récalcitrants. Il arrive alors que les personnes soient tellement sédatées qu’elles ne tiennent plus assises. Il faut donc les attacher à leur chaise ou même les laisser en permanence au lit, ce qui mène au développement d’escarres.»

Le manque d’effectif ou le surcroît de travail n’excuseraient rien. «Certes c’est parfois difficile, car certains patients ont des pathologies lourdes, reconnaît Florence Tamborini, assistante en soins et santé communautaire. Il faut s’autoriser à souffler et ne pas hésiter à demander de l’aide quand on se sent dépassée. Faciliter les tournus entre collègues pour ne pas toujours être chargée des mêmes personnes est aussi bénéfique.»

Un beau métier

Les élèves de Châteauneuf écoutent ces anecdotes les yeux écarquillés. «Moi, si je suis témoin d’un acte de maltraitance, j’interviendrai toute suite!» s’exclame Vientiane, 18 ans.

Pour les intervenants de Prendsaplace, mission accomplie. Sophie Lattion attire toutefois l’attention des élèves sur le fait que tous les soignants ne malmènent pas leurs patients. «C’est un très beau métier, et beaucoup de gens le font très bien. Il faut simplement veiller à s’auto-observer constamment et à remettre en question ses pratiques.» (Le Matin)

Créé: 06.03.2017, 17h24

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