Samedi 4 avril 2020 | Dernière mise à jour 13:34

Web Des médecins romands font part de leurs craintes sur Instagram

Le compte Paroles De Doc regroupe des témoignages alarmistes de plusieurs docteurs concernant le coronavirus. Le manque de matériel et de place ainsi que le comportement de la population sont les points les plus abordés.

(De g. à dr.) Aurélie, Philip, Matthias, Jeanne, Rine et Paul travaillent dans le corps médicale et ont tous des inquiétudes concernant l'épidémie. Ils partagent leur quotidien sur Instagram.

(De g. à dr.) Aurélie, Philip, Matthias, Jeanne, Rine et Paul travaillent dans le corps médicale et ont tous des inquiétudes concernant l'épidémie. Ils partagent leur quotidien sur Instagram.

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Alors que l'on nous demande de rester à la maison le plus possible, le nombre de malades et de décès à cause du coronavirus continue d'augmenter. Nous avons atteint les 8000 cas en Suisse et comptons 60 morts. Plusieurs jeunes du corps médical ont souhaité trouver un moyen pour que les gens comprennent la gravité de la situation. Ils ont créé le compte Instagram Paroles De Doc sur lequel des médecins de toute la Romandie partagent leur quotidien et leurs craintes.

«Ce compte est l’occasion pour nous d’ouvrir une fenêtre sur l’hôpital en ce temps de pandémie. Un aperçu de nos pensées, de nos inquiétudes et de nos questionnements quotidiens. Le but ultime est de vous faire passer ce message: nous suivons actuellement la courbe italienne du nombre de nouveaux cas, avec toutes les catastrophes qui la composent. Aplatissons cette courbe ensemble: restez chez vous!», peut-on lire en légende de la première publication.

«Ne prenez pas le risque de piquer un lit à vos parents»

En tout, il y a déjà 12 témoignages postés en moins de 48 heures. L'un des premiers est ce lui de Paul qui travaille dans «un grand hôpital lausannois». Il est surtout étonné par le comportement de la population durant cette période insolite. «On a encore régulièrement des gens qui viennent à l’hôpital, cassés de partout, suite à un accident lié à de la moto ou de ski. Ce sont des lits de soins intensifs occupés alors que d'autres patients atteints du coronavirus pourraient en profiter. S'il vous plaît, même si ça démange les pieds de faire du ski, du vélo, du bateau ou autre: restez à la maison! Ne prenez pas le risque de piquer un lit d'hôpital à vos parents, vos amis ou vos grands-parents», explique-t-il.

Si le nombre de places est un problème qui risque de devenir de plus en plus important, le manque de personnel soignant l'est tout aussi. Rine, médecin généraliste à Neuchâtel, avertit qu'il se peut que l'on fasse appel à elle pour venir en renfort. «Je trouve ça normal et je suis prête à le faire. Mais je n'aimerais vraiment pas t'intuber ou intuber un de tes proches, car la dernière fois c'était il y a 20 ans. Alors s'il te plaît aide-nous, merci», s'exclame-t-elle avec humour.

D'autres témoignages sont plus inquiétants. En particulier celui de Jeanne qui aimerait pouvoir exercer son métier en toute sécurité. La médecin assistante au CHUV déclare qu'il n'y a bientôt plus de matériel pour protéger les soignants, médecins, infirmiers et autres employés. «Typiquement ce genre de masque (ndlr: on le voit dans la vidéo ci-dessous) qui sont utilisés notamment aux soins intensifs où il y a une grande charge virale. On doit les garder toute la journée, alors qu'on est censé les changer une fois enlevés. Je sais qu'il y a de grandes entreprises de la région qui en ont en stock. Si vous avez ce genre de masque FFP2 dans votre entreprise, n'hésitez pas à en amener au CHUV. On en a vraiment besoin. Y compris les masques bleus standards», conclut-elle. Pour rappel, en Italie 20 docteurs sont déjà décédés à cause de la pandémie. En France, trois médecins sont morts.

Philip du canton de Neuchâtel et Natalie de Fribourg soulignent exactement le même problème et ajoutent qu'ils sont aussi bientôt en panne de désinfectant.

Quant à Aurélie, qui exerce en tant que médecin dans le canton de Neuchâtel, elle précise que les mesures d'hygiène et les comportements à adopter pour éviter la contagion doivent être respectés par tout le monde. «Il n'y a pas que des personnes de plus de 65 ans intubées aux soins intensifs. Il y a aussi des jeunes. Alors s'il te plaît, aide-nous. Merci!»

«Nos autorités ont peu réagi»

Pour terminer, Matthias aimerait aussi que l'on réagisse en évitant un maximum nos déplacements, mais il aimerait surtout que le gouvernement fasse quelque chose. Sur le compte Instagram plusieurs personnes ne comprennent pas pourquoi le confinement général n'a pas encore été prononcé. «Ce qui m'inquiète énormément, c'est de voir à quel point nos autorités ont peu réagi par rapport à ce qui se passait en Italie. On avait deux trois semaines de retard, ce qui nous aurait permis de prendre des mesures. On ne l'a pas fait», dit-il avant de souligner que le Conseil Fédéral a décrété que le corps soignant ne doit plus être astreint à la loi du travail. «On travaillera cinquante, soixante ou septante heures par semaine. On ne sait pas ce qui va nous arriver. Ce seront des mois très difficiles. Ce n'est pas le virus qui circule, ce sont les gens. Restez chez vous!»

Fabio Dell'Anna

Créé: 23.03.2020, 08h41

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