Dimanche 19 novembre 2017 | Dernière mise à jour 02:30

Militaires coaccusés Ont-ils grugé l’armée?

Cinq cadres comparaissent depuis hier à Yverdon (VD). Ils se seraient enrichis sur le dos de la grande muette en dispensant des cours de tir sous le couvert de la Formation de l’infanterie.

Les débats du Tribunal militaire 2 (région Suisse romande) se tiennent à l'Hôtel de Ville d’Yverdon depuis hier. Ici, l'arrivée de trois des cinq coaccusés avec leurs défenseurs d’office.

Les débats du Tribunal militaire 2 (région Suisse romande) se tiennent à l'Hôtel de Ville d’Yverdon depuis hier. Ici, l'arrivée de trois des cinq coaccusés avec leurs défenseurs d’office. Image: Keystone

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C’est une lampe de poche qui a mis le feu aux poudres de ce procès mammouth qui s’est ouvert hier matin à Yverdon. Dans le magasin de munitions de Bière (VD), en août 2013, un appointé vient, en fait, de ramasser dans l’obscurité un lance-fusées, étranger à l’armée suisse. Il le manipule pensant s’éclairer et se brûlera à la main gauche et à l’avant-bras. Le début d’une vaste et interminable instruction qui remplit dix classeurs fédéraux. Et, surtout, cinq actes d’accusation qui font croire à une véritable affaire d’Etat.

Les avocats des coaccusés ont vertement contesté ces ordonnances de renvoi, critiquant leur vacuité, alors que l’on se penche sur près de six ans de potentielles infractions pénales (2008-2013). Abus de confiance aggravé, abus et dilapidation du matériel militaire, inobservation des prescriptions de service et, pour le principal suspect, escroquerie par métier. Les cinq prévenus romands auraient utilisé des munitions et des infrastructures de l’armée – place de tir de Lussy (FR) et celle de l’Hongrin (VD) –, enfin acquis et stockés des armes hors du contingent militaire. Ceci, pour dispenser des cours de tir au combat à des fins d’enrichissement personnel, selon les auditeurs (ndlr: procureurs militaires).

«Le pape du tir»

Pièce centrale de l’accusation, une association fribourgeoise à la base, désormais française: NDS, dont le vice-président est l’accusé le plus chargé. «Le pape du tir», comme le qualifie le colonel Stéphane Mérot, président du tribunal. Celui-ci voulait développer les techniques de défense pour l’armée, la police et les civils.

Ce tireur de 54 ans, à l’aura internationale et dont personne ne (re)met en doute l’expertise, a fondé NDS en 2002 avec un ancien membre des forces spéciales françaises. Une entité très sélecte et sélective – 20 membres, tous maîtres d’armes – et le nerf de la guerre de cette audience. Trop à l’étroit «face au conformisme et à l’immobilisme de l’armée», le lieutenant-colonel fondateur dit avoir reçu l’aval oral d’un ancien supérieur: «Mon but n’a jamais été de m’enrichir, c’est une association. Je voulais créer un laboratoire européen pour échanger et partager avec les pays francophones qui nous entourent.»

Les années ont défilé jusqu’à la découverte impromptue du stockage illicite de Bière. Il n’empêche que ce collaborateur comme ses camarades travaillaient tous pour la Formation d’application de l’infanterie (FOAP). Excellent instructeur, il était l’adjoint du responsable d’un sous-groupe, la cellule S3, aujourd’hui défunte. Les cinq officiers et sous-officiers racontent être proches et vouent la même passion à l’art du tir. Aucun d’entre eux ne comprend vraiment ce qu’il fait là. «La FOAP savait très bien ce que nous faisions», pilonnent-ils d’un seul homme. «Ils n’ont peut-être pas fait tout juste, mais ça n’a rien de pénal, affirme Me Robert Assaël. L’acte d’accusation ressemble à un emmental.»

Le président Mérot dodeline. Quel avantage de passer par NDS pour l’armée? «Dans un écosystème fermé, on court à la dégénérescence. Je voulais éviter les dérives», ose le fondateur de NDS qui a visiblement emmené devant la Cour ses acolytes, tous bien plus jeunes. Les débats reprennent ce matin et sont prévus sur toute la semaine. Vingt-trois témoins défileront à la barre. Le jugement sera rendu fin janvier-début février. (Le Matin)

Créé: 20.12.2016, 14h29

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