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Pollution Plongée dans la maison au cyanure

Imbibé de vapeurs hautement toxiques, l’immeuble de la rue du Doubs 51 est un cauchemar pour les autorités de La Chaux-de-Fonds. «Le Matin» l’a visité.

Assainir ou reconstruire

Le risque encouru dans cet immeuble locatif provenait des émanations. Déboutés, les anciens locataires viennent de porter leur dossier au Tribunal fédéral. Mais si la loi protège les ouvriers, «rien n’est prévu pour les locataires», selon Christian Haag, du Service juridique de la Ville.

Construit en 1899, le Doubs 51 sera-t-il assaini ou détruit? Tout dépendra de l’état de sa structure: poutres, murs, planchers, si tout est imprégné, il ne restera que les murs extérieurs, ou rien du tout. Pour l’architecte communal Denis Clerc, c’est un crève-cœur: «Avec son jardin, c’est un ensemble de grande qualité dans un des plus beaux et des plus typiques quartiers en damier salué par l’Unesco.»

Mais qui paiera quoi? C’est un casse-tête: le responsable Aimé Schmidlin l’a vendu avant sa mort et le nouveau propriétaire (la société Cyprès), qui n’a pas visité la cave avant l’achat, attaque les héritiers, en mettant en veilleuse les actions intentées contre la Ville et le canton. En cas de faillite du propriétaire, c’est l’Etat qui passera à la caisse.

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L’immeuble de la rue du Doubs 51, c’est un désastre à La Chaux-de-Fonds (NE) après la découverte au sous-sol de neuf tonnes de produits toxiques. Les locataires sont partis et ce bâtiment classé qui abritait un atelier de galvanoplastie est interdit au public.

«Bienvenue en enfer», lance Serge Grandjean, l’expert mandaté par la société immobilière Cyprès, propriétaire de l’immeuble. Clés en main: il est autorisé à pénétrer dans l’immeuble et hier, il a fourni l’équipement de protection nécessaire au «Matin», pendant que les autorités dissertaient sur le sort de cet immeuble.

Le kit de protection comprend une combinaison avec capuche, un masque et des gants. La visite commence par la cave, derrière une porte métallique latérale. C’est là que le galvanoplaste Aimé Schmidlin a entreposé des tonnes de produits chimiques de 1956 à 2011, en dépit d’un incendie survenu en 1995.

De ces polluants, il ne reste que des fûts vides, mais la dalle de béton en est imprégnée. Serge Grandjean ouvre le cadenas d’un local annexe. Equipé d’une lampe aux ultraviolets, il scrute le sol: «Ces bulles qui forment une croûte sur le béton, c’est du cyanure», assène-t-il.

Les acides ont rongé le béton. Il y a du mercure partout et dans le décanteur d’évacuation, Serge Grandjean a trouvé de l’arsenic. Bénéficiaire d’une autorisation obtenue… un an avant l’âge de la retraite, en 1986, Aimé Schmidlin a acheté et vendu des produits toxiques sans subir de contrôle.

Depuis cette année, l’immeuble est déconnecté du réseau des égouts et l’électricité est coupée. «Un incident dans le chauffage à mazout et tout aurait explosé», dit Serge Grandjean, en passant devant un poêle.

Un escalier métallique en colimaçon mène à l’atelier: «Evitez d’effleurer la barrière», recommande Serge Grandjean. Les locaux sont vides, exceptés un tableau de commandes et deux bidons qui contenaient 50 kilos de cyanure. «Des forages au sol ont révélé la présence de mercure jusqu’à 3 centimètres de profondeur: l’immeuble n’est pas interdit d’accès pour rien», commente Serge Grandjean.

La bonne nouvelle annoncée hier par les autorités, c’est qu’à la rue du Doubs 53, l’immeuble n’est pas pollué par les poussières du 51, pas plus que les dix immeubles contrôlés dans le voisinage. Un constat qui laisse toutefois Serge Grandjean dubitatif.

Le Doubs 51 est-il la seule épine polluée dans le pied des autorités? «Ce qu’on y a trouvé est dramatique et meurtrier, mais c’est le fait d’un irresponsable», répond le conseiller communal Théo Huguenin-Elie, en charge de l’Urbanisme et des Bâtiments.   (Le Matin)

Créé: 27.08.2014, 08h01

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