Dimanche 17 novembre 2019 | Dernière mise à jour 12:14

Energie La Suisse n'est pas près de sortir du nucléaire

Le National veut prolonger de dix ans en dix ans l’exploitation des centrales actuelles. L’effet Fukushima est retombé.

Image: Gérald Bosshart

Faut-il fermer immédiatement les centrales nucléaires?

Le dessin de Ben

Le nucléaire et cette peur dans la thyroïde des Suisses

Au chevet des centrales nucléaires helvétiques, le monde politique a le choix entre l’euthanasie et les soins palliatifs. Pour la centrale de Mühleberg, c’est la première solution qui a été retenue. Mise en service en 1972, ses propriétaires, les Forces Motrices Bernoises, ont décidé de lui tirer la prise en 2019, parce que réinvestir dans la sécurité aurait coûté trop cher.

Que penser des quatre autres? Beznau I, construite en 1969, est la plus vieille du monde en activité. Beznau II a le même âge que Mühleberg. Ces deux-là devraient suivre sans trop tarder. Gösgen (1979) et Leibstadt (1984) pourraient par contre jouer les prolongations pour accompagner la transition énergétique. Mais est-ce bien raisonnable de ne pas leur donner de date limite?

Après Fukushima, et juste avant les élections de 2011, les milieux politiques avaient réagi sous le coup d’une émotion légitime. Interdire la construction de nouvelles centrales avait été arraché de haute lutte. On sentait frémir de nouvelles énergies, humaines et générationnelles celles-là, pour changer la Suisse.

Doris Leuthard est de cette génération. Hier, elle a obtenu qu’on triple les aides aux énergies renouvelables. Sans doute qu’en contrepartie elle doit céder un peu au lobby du nucléaire, pas aussi moribond qu’on pouvait le croire il y a quatre ans.

Reste la gestion d’un risque pour des centaines de milliers de personnes. Risque minime? Infime? Les électriciens estiment qu’il n’y en «quasi» aucun. Mais c’est ce «quasi» qui continuera à entretenir la peur dans la thyroïde des Suisses et le commerce des comprimés d’iode. 

Eric Felley

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La conseillère fédérale Doris Leuthard a pu fêter hier une première victoire dans son dossier sur la Stratégie énergétique 2050. Le Conseil national a suivi, avec une bonne majorité (105 à 75), la volonté du Conseil fédéral de booster les énergies renouvelables en portant à 2,30 ct./kW/h le plafond de la RPC (rétribution à prix coûtant du courant injecté). Les énergies renouvelables peuvent compter à terme sur un subventionnement trois fois plus important qu’aujourd’hui, soit 1,5 milliard par année. Mais cela ne signifie pas pour autant un abandon rapide de l’énergie nucléaire (40% de l’électricité produite en Suisse), qui resterait incontournable pour l’approvisionnement du pays. Quatre ans après Fukushima, la Suisse n’est pas près d’en finir avec le nucléaire, pourquoi?

La droite veut gagner du temps

Le PDC avait donné l’impulsion en 2011 avec la motion Schmid pour interdire la construction de nouvelles centrales. Aujourd’hui, il est plus frileux et soutient la solution de prolonger par tranches de dix ans les exploitations existantes. Pour Yannick Buttet (PDC/VS), cette solution devrait l’emporter: «Cela permet de mettre un terme au nucléaire peu à peu, assurer un atterrissage en douceur, sans devoir payer des indemnités.»

Pour son collègue Hugues Hiltpold (PLR/GE), «il faudra fermer les centrales quand elles poseront véritablement un problème. N’oublions pas qu’à Fukushima c’est un tsunami qui a provoqué l’accident. Nous n’avons pas ce risque, ni de danger similaire du point de vue sismique.»

Le Conseil fédéral laisse faire

En mai 2011, Doris Leuthard avait parlé de 2034 comme date boutoir (50 ans après la construction de Leibstadt (AG), la centrale la plus récente). Mais en réalité, le Conseil fédéral a toujours laissé la porte ouverte aux prolongations souhaitées par la droite. Pour Yves Nidegger (UDC/GE), «nous devons vivre avec ces centrales et ces investissements jusqu’à leurs fins et ainsi assumer notre histoire comme des gens responsables».

Assurer l’approvisionnement

La droite s’accroche aussi aux centrales existantes pour des questions économiques. Pour Guy Parmelin (UDC/VD), «quitter le nucléaire, c’est mettre en danger un approvisionnement en énergie sûr pour notre pays et à un prix compétitif tant pour les entreprises que pour les citoyens». Hugues Hiltpold estime aussi qu’il faut éviter d’avoir recours dans une trop grande mesure à l’énergie provenant de l’étranger: «Nous ne devons pas être dépendants du gaz qui vient de pays qui peuvent fermer leur robinet à tout moment comme mesure de rétorsion.»

Bref, toutes les raisons sont bonnes pour continuer avec les centrales. Sauf celles avancées par la gauche et les écologistes qui estiment que la Suisse vit avec «une épée de Damoclès sur la tête», selon les termes du conseiller national Christian van Singer (Verts/VD).

Créé: 03.12.2014, 07h09

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.