Lundi 19 novembre 2018 | Dernière mise à jour 00:10

Exposition Ses tableaux trompent les cerveaux

Les œuvres d'un artiste lausannois visibles dans le Jura peuvent provoquer nausées et autres vertiges. À tel point que le CHUV s'y intéresse.

Pas de 3D dans l'IRM

La trentaine de volontaires soumis à une imagerie par résonance magnétique (IRM) ont vu défiler deux fois 45 images conçues spécialement par Youri Messen-Jaschin, avec des variations de graphisme et de couleurs dans les séries proposées.

En pressant sur un bouton, le sujet pouvait indiquer s’il percevait un mouvement dans l’image, tandis que son cerveau était analysé. «Une image en 3D aurait suscité trop de panique», indique Youri Messen-Jaschin, sachant que dans le scanner, un projecteur avec système de miroirs immergeait totalement le sujet dans l’œuvre.

Il s’agissait de déterminer quelles parties du cerveau sont activées, pourquoi certains sujets sont perturbés et pas d’autres, avec en corollaire la possibilité de traiter des troubles.

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A l’entrée d’un musée de Porrentruy (JU) dédié à l’art optique, son fondateur, Pierre Kohler, est hilare: «Visiter l’exposition ne nuit pas gravement à votre santé!» sourit-il. Pourquoi cette précision? «Au vernissage, une dame a été prise de nausée», rapporte l’artiste Youri Messen-Jaschin (77 ans). Depuis un demi-siècle, vertiges, palpitations et migraines ont affecté ses visiteurs, jusqu’à une douleur au plexus solaire.

Depuis qu’il est tombé dans l’art optique, Youri Messen-Jaschin dessine et peint des lignes et des courbes qui s’animent dans l’œil du spectateur. Un art méticuleux, mathématique et géométrique, où la moindre approximation dans un écartement et une épaisseur peut casser un effet. «Ici une couleur, là une forme: le cerveau voit dans mes tableaux ce qui n’existe pas», résume l’artiste qui – comme Yves Klein – possède un bleu à son nom.

Illusions calculées

Sans faire du trompe-l’œil, l’artiste vaudois a toujours collaboré avec des scientifiques. «Je calcule mes illusions pour ne pas déraper…» ironise-t-il. Ses couleurs troublantes sont pétantes comme un bleu ou un rouge, pas un brun ou un kaki. Le trait est posé à main levée, sans règle ni compas, avec parfois trois poils sur son pinceau, si bien qu’une peinture peut prendre deux ans.

L’effet varie selon l’angle de vue. Ici, le spectateur voit entre des lignes noir/blanc un jaune, un bleu ou un vert qui n’y sont pas. Là, il voit fugacement des points gris jamais peints entre des carrés. «Il faut savoir prendre son temps et ses distances», explique l’artiste aux visiteurs.

Des pyramides ou des hélices inexistantes sont aussi perçues. Convexe ou concave, dedans ou dehors: à chaque cerveau sa vision! «Je ne connais pas le cerveau de tout le monde… L’œil photographie, le cerveau transforme!» résume-t-il. Par quelle magie? «Trop de lignes et le cerveau sature: il rajoute des éléments inexistants», affirme-t-il.

Mal de mer

Dimanche dernier, plusieurs visiteurs séduits par l’illusion ont acheté des œuvres. Mais d’autres ont plaisanté avec Pierre Kohler, qui attribuera une pièce de son musée à l’artiste vaudois. Pour l’un, «on a eu le mal de mer». Pour l’autre, «on n’a plus besoin de boire l’apéro».

Confronté depuis toujours à des spectateurs perturbés, Youri Messen-Jaschin a convaincu un professeur du CHUV d’étudier l’effet de sa peinture sur les hypersensibles. C’est la naissance du Brain Project, avec des sujets sains passés depuis quatre ans au scanner à Lausanne, les images étant analysées à Vilnius (Lituanie).

«Les zones cérébrales activées par ses tableaux sont les mêmes que face à un mouvement», indique Bogdan Draganski, professeur au Laboratoire de recherche en neuro-imagerie du Département des neurosciences cliniques du CHUV, en relevant l’appréciation positive de la majorité des bénévoles.

La seconde partie du Brain Project peut débuter. «Les cerveaux vont déconstruire les tableaux pour reconstruire une image plaisante», indique le Pr Bogdan Draganski. Les algorithmes mathématiques mesurés doivent servir à reproduire des images apaisantes aux dépressifs ou aux schizophrènes. (Le Matin)

Créé: 01.05.2018, 17h28

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