Dimanche 29 mars 2020 | Dernière mise à jour 11:07

Santé! On a testé le vin sans alcool

Le rouge désalcoolisé commence à se tailler une petite place sur les tables suisses, mais peine à convaincre les œnophiles.

La gamme de vins dégustée contient 0,3% d’alcool. (de g. à dr. Philippe Bujard, Melina Schröter et Yannick Passas)

La gamme de vins dégustée contient 0,3% d’alcool. (de g. à dr. Philippe Bujard, Melina Schröter et Yannick Passas) Image: Sébastien Anex/LMS

Le chiffre

6000

C'est le nombre de bouteilles vendues cette année par l'importateur suisse de vins sans alcool Brasier Primeurs.

Où en trouver?

En ligne sur www.desalcoolise.ch et dans les grands supermarchés Coop.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Etre tenancier de café quand on ne boit pas d’alcool, pas si facile. C’est ce qu’a constaté Christophe Mermoud quand il a ouvert son établissement à Sierre (VS) en 2015. «Les clients m’offraient souvent des verres, et je me sentais un peu rabat-joie de trinquer au Coca.» Le Valaisan s’est donc lancé dans l’entreprise ambitieuse de dénicher un bon rouge sans alcool qui ne fasse pas outrage à la tradition viticole de son canton.

«Comme le café sans sucre»

C’est La Côte de Vincent, un vin désalcoolisé produit en Alsace, qui a trouvé ses faveurs et qu’il a commencé à servir à ses clients, notamment des patients de l’hôpital voisin. «Après la fermeture du café, j’ai continué à vendre ce vin désalcoolisé aux particuliers via mon site Internet, raconte Christophe Mermoud. Aujourd’hui, j’ai des clients dans toute la Suisse romande.»

Le Sierrois s’approvisionne auprès d’un grossiste en fruits et légumes basé à Carouge (GE), qui importe le cépage alsacien pour la Suisse depuis 2006. «On ne peut pas dire que les ventes explosent, mais l’intérêt pour les vins sans alcool est en constante augmentation, affirme Pierre Favre, directeur de Brasier Primeurs. L’alcool dans le vin, c’est comme le sucre dans le café: au début ça manque, mais après les papilles s’habituent.»

En onze ans, le grossiste a multiplié ses ventes par quatre pour atteindre environ 6000 bouteilles par an. Parmi ses clients occasionnels, Pierre Favre compte certains grands hôtels genevois, un EMS vaudois, mais aussi un chef cuisinier officiant en crèche qui utilise du vin désalcoolisé pour ses sauces.

Si la tendance est là pour s’installer, pourquoi ne pas se lancer dans la désalcoolisation des vins suisses plutôt que d’importer? Car ce traitement demande un sacré investissement. «Les machines coûtent extrêmement cher, de l’ordre de plusieurs millions d’euros», précise Bruno Marret, directeur de la société Signatures de Prestige, qui produit la gamme La Côte de Vincent, dont la désalcoolisation est effectuée en Allemagne via une méthode de distillation sous vide à froid.

Avec 500 000 bouteilles commercialisées chaque année et une progression des ventes à deux chiffres, l’entreprise compte parmi les leaders des vins sans alcool dans l’Hexagone. Elle n’est toutefois pas seule sur ce marché, certes de niche mais en pleine expansion. En 2016, en pleine période de ramadan, l’hypermarché français Leader Price dévoilait sa gamme de vins sans alcool B’Happy tandis que Carrefour se lançait sur le même créneau avec sa marque Le Petit Béret.

Même phénomène sur les rayonnages suisses, où les mousseux ne sont plus seuls à avoir leur alternative sans alcool. Coop propose en effet depuis septembre dernier une syrah et un muscat désalcoolisés en provenance d’Espagne. Le porte-parole de l’enseigne évoque des ventes satisfaisantes et dit «observer de près l’évolution de ce segment».

Désalcooliser les crus suisses?

Alors que la consommation de vin par habitant s’écroule, le créneau du sans alcool pourrait-il contribuer à sauver les vignobles suisses, quitte à faire effectuer la désalcoolisation à l’étranger? Cette version alternative, trois fois moins calorique que l’originale, pourrait en effet toucher un large public cible puisqu’elle trouve sa place en cas de régime, de traitement médicamenteux, de prise de volant, de grossesse, de diabète, ou encore d’interdits religieux.

Le président de la Fédération suisse des vignerons, Frédéric Borloz, ne verrait en théorie pas de sacrilège à désalcooliser nos pinot et chasselas nationaux. «Mais je doute de la possibilité de le faire en garantissant un processus naturel, et surtout sans compromettre le goût du produit.»

Les vins des trois couleurs ont en tout cas réussi à bluffer un journaliste d’une rédaction voisine, qui n’a même pas soupçonné l’absence d’alcool. Les papilles des experts en œnologie convoqués pour la dégustation se sont, en revanche, montrées bien moins indulgentes…

Notre verdict

Blanc : La Côte de Vincent (Signatures de Prestige)

«On sent un petit nez de caoutchouc»

«Niveau goût, il manque quelque chose, et il n’y a pas de persistance aromatique. Impossible de confondre avec un vin traditionnel.» 2/10

Philippe Bujard, Ingénieur œnologue à Lutry

«Même pour cuisiner, je ne vois pas l’intérêt»

«Il est très court, on ne sent vite plus rien. Mais cela ne tient pas forcément à l’absence d’alcool, peut-être était-il déjà plat avant d’être désalcoolisé.» 3/10

Melina Schröter, Journaliste au «Matin» et œnophile avertie

«On sent surtout l’acidité»

«On a l’impression de goûter du verjus. Comme les autres, il manque de volume, de rondeur, et il a une odeur de chauffe.» 2,5/10

Yannick Passas, Cofondateur du bar à vins Ta Cave à Lausanne

Rosé: La Côte de Vincent (Signatures de Prestige)

«C’est franchement mauvais»

«L’odeur n’est pas bonne et le milieu de bouche vraiment plat. Dans le même esprit, les pétillants passent beaucoup mieux. Les bulles donnent au moins un peu de vie.» 2/10

Philippe Bujard

«Il a une odeur chimique»

«Et le goût n’est pas bon. Si l’on voulait vraiment en faire quelque chose, on pourrait imaginer l’aromatiser pour le transformer en boisson apéritive.» 1/10

Melina Schröter

«Infect!»

«Aussi mauvais au nez qu’en bouche. Je m’attendais à mieux. Si on m’avait servi dans un verre noir, je n’aurais même pas su que c’était du rosé.» 0/10

Yannick Passas

Rouge: La Côte de Vincent (Signatures de Prestige)

«Je pourrais le boire quand il fait chaud»

«Ce n’est pas mauvais, il y a tout de même quelques tanins. Mais ça reste peu aromatique: je n’aurais pas pu deviner les cépages. Au niveau gustatif, c’est proche du jus de raisin rouge.» 6,5/10

Philippe Bujard

«Il a quelque chose du vin chaud»

«C’est le moins décevant des trois, mais il reste trop peu aromatique pour accompagner un repas. Il ne pourrait pas tenir tête à une chasse par exemple. Pourquoi pas pour en faire de la sangria?» 5/10

Melina Schröter

«C’est le plus intéressant»

«Mais, comme les autres, à cause de l’absence d’alcool, il manque de volume. Une solution pour combler ce vide serait de l’aromatiser, comme on le fait avec les eaux minérales.»

Yannick Passas

Créé: 01.01.2018, 14h36

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.