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Phénomène Tintin chez les religieux

Avec 110 000 BD vendues à son actif, Alain Auderset fête ses 20 ans de carrière. La recette de son succès? Dieu!

Vidéo: Laura Juliano

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On met le pied dans son antre de Saint-Imier (BE) comme dans un squat hors du temps, peuplé de hippies. Un peu partout, des dessins, des plantes, des mots humoristiques. Sauf qu’ici, les hippies sont chrétiens, très chrétiens même. D’ailleurs, c’est au cœur d’une église désaffectée qu’Alain Auderset, 46 ans et quatre enfants, a installé son espace de travail, sous son appartement et celui des voisins, tous impliqués à des degrés divers dans ses activités. Au centre de l’atelier, des cartons remplis de ses œuvres, écoulées en tout à plus de 110 000 exemplaires. «Les autres sont chez Landi, là où on stocke les graines pour toute la région. J’espère que mes titres pourront être des graines spirituelles qui vont germer dans l’esprit des gens. »

Des versets aux WC

Tout alternatif qu’il soit, l’artiste ne cache pas qu’une foi à faire passer le père de Laura Ingalls pour un débutant inspire tout son travail. Une foi si vive que chez lui on trouve même des versets collés contre les murs aux toilettes… «Quand j’ai commencé et que je présentais mon travail aux éditeurs, on me disait: «Mais Dieu c’est fini, mon petit gars. Personne t’a dit?» se souvient celui qui cite Gotlib ouFluide Glacialparmi ses références. Pourtant, pas question pour lui de se revendiquer d’une «religion», un terme qui lui fait horreur. Son truc à lui, c’est «l’amour de Dieu» et la Bible, un «bouquin au message plutôt sympa». Il restera plus évasif sur son rapport aux autres religions: certes, il se dit persuadé que Dieu sondera les cœurs au lieu de chercher des cartes de membre de la bonne Eglise. Mais il n’en considère pas moins que le Dieu de la Bible est le seul à permettre une relation «d’amitié» aussi inconditionnelle à ses sujets.

Plutôt direct, ce discours séduit. Du reste, ce sont ses BD abordant le plus frontalement des thèmes liés à la croyance qui remportent le plus de succès. A voir, donc, si son nouvel opus, «Marcel III», connaîtra le même succès, lui qui s’adresse autant au marché «séculier» qu’à ses fidèles.

Le «phénomène Auderset» interpelle Lorenzo Pioletti, de la librairie Raspoutine, à Lausanne. «Je l’admire parce qu’il a bataillé pour se faire sa place. Beaucoup d’auteurs aimeraient avoir son succès. » Pour autant, il confie que rares sont les clients à entrer dans son magasin pour chercher de telles BD. «Elles doivent surtout se vendre dans le milieu chrétien. » Lui-même se dit plutôt favorable à ce que le neuvième art aborde tous les thèmes, y compris la religion. Deux univers qui ne font cependant pas toujours bon ménage. Lorsqu’il était apprenti, Lorenzo Pioletti avait ainsi dû retirer de la vente une BD reprenant le Coran. Des fidèles avaient menacé le magasin où il travaillait alors, se souvient le pape lausannois de la bande dessinée.

Créé: 17.11.2014, 17h02

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