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Ubuesque Trop en trainings pour être Suisses

Un goût des survêtements trop prononcé a plombé le processus de naturalisation de Kosovars. Arbitraire?

Une photo des Halili en 2004. Menacée d’expulsion, la famille était alors soutenue par son village.

Une photo des Halili en 2004. Menacée d’expulsion, la famille était alors soutenue par son village. Image: Nino Lorandi/Basellandschaftliche Zeitung

Le peuple doit-il conserver le droit de naturalisation?

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La commune de Bubendorf, à Bâle-Campagne, risque de bien faire ricaner la presse internationale, ces prochains jours. En cause: les étranges raisons invoquées par l’assemblée des bourgeois de ce village d’un peu moins de 4500 habitants pour refuser la naturalisation d’une famille de Kosovars installée là depuis 2005. Bosseurs, bien au fait des particularités géographiques et historiques locales, selon la «Basellandschaftliche Zeitung», les Halili se sont vu reprocher… de se promener trop souvent en training. «Pas que», évidemment, puisque certains habitants leur ont aussi tenu rigueur d’une certaine timidité à parler l’allemand, voire à simplement dire bonjour. Reste que le reproche de trop souvent troquer le jean pour un survêtement de sport a bel et bien été lancé à ces anciens réfugiés, qu’une vague de solidarité avait sauvés du renvoi il y a une dizaine d’années.

Pas soluble dans la suissitude, le goût du training? Le secrétaire général de l’UDC Vaud Kevin Grangier ne pense pas: «Qui n’est jamais allé acheter son pain vêtu de la sorte le dimanche matin?» Pour lui, d’autres raisons ont forcément pesé davantage dans la balance pour que les Halili se voient refuser le passeport. «Sans cela, cette décision serait excessive et ne résisterait pas à un recours.»

Florian Pariset, administrateur du site naturalisation-switzerland.ch, est également surpris. «Quand je me préparais à obtenir la nationalité, mes inquiétudes portaient plutôt sur l’histoire de Guillaume Tell que sur mon habillement. A aucun moment je ne me suis dit: «J’espère que personne ne m’a vu en training.» Le grief porté contre la famille de Kosovars l’étonne d’autant plus que la Confédération s’est dotée de critères très précis pour encadrer les procédures de naturalisation, afin de ne pas soumettre les candidats à l’arbitraire. «J’aurais été franchement surpris si l’enquête de police avait montré que je sortais de chez moi en training.»

Et si toute cette histoire reposait sur un malentendu? On peut se poser la question au vu des explications du politologue Bashkim Iseni, directeur d’albinfo.ch: «Dans les pays de l’Est et d’Europe centrale, il n’est pas rare de voir des milliardaires sortir de leur jet privé en training. Cet habit peut y être assimilé à une tenue de sortie», explique-t-il. Il souligne que la diaspora s’adapte aux habitudes suisses et que les tenues trop sportives, en ville, n’ont plus guère la cote chez les deuxième et troisième générations. «Les habitants auraient mieux fait de conseiller à ces gens de s’habiller autrement plutôt que de leur reprocher ça lors de leur processus de naturalisation. Mieux vaut une personne qui bosse et qui porte des trainings que quelqu’un qui vit aux crochets de la société en étant tiré à quatre épingles.» (Le Matin)

Créé: 08.06.2016, 06h46

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