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Royaume Uni Tariq Ramadan, la chute d'un «gourou»

Depuis les plaintes pour viol déposées par deux femmes en France et la révélation à Genève de soupçons d'abus sexuels sur des adolescentes, les langues se délient sur l'islamologue.

Tariq Ramadan.

Tariq Ramadan. Image: AFP

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Première à accuser publiquement de viol le conférencier, le 20 octobre, dans un contexte de libération de la parole sur les violences sexuelles, Henda Ayari a affirmé avoir été sous son «emprise mentale».

Dans «J'ai choisi d'être libre» (Flammarion), paru en novembre 2016, l'ancienne salafiste avait raconté que Tariq Ramadan, décrit sous le pseudonyme de Zoubeyr, avait «très largement profité de (sa) faiblesse» alors qu'elle avait besoin de s'«appuyer sur un guide éclairé».

Sous ces traits, l'islamologue belge Michaël Privot a tout de suite reconnu le petit-fils du fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans et brillant orateur âgé aujourd'hui de 55 ans, dont les livres se vendent bien et les billets sur Facebook sont suivis par deux millions d'abonnés. Tariq Ramadan dément les accusations portées contre lui.

«Les rumeurs, les on-dit , ça faisait déjà des années que je les entendais. Quand j'ai lu le chapitre sur Zoubeyr, ça ne pouvait être que lui», confie ce chercheur qui fut membre des «Frères».

Lui a participé entre 2003 et 2005 à la «dynamique Présence musulmane», mouvement informel vantant le «jeune musulman bien intégré, fier de ses valeurs citoyennes mais conservateur que Tariq Ramadan rêvait de voir émerger». Loin de l'islam traditionnel des parents ou des «blédards» (originaires du «bled») gérant les fédérations de mosquées.

«Le personnage a toujours fonctionné sur le régime de la séduction, pas seulement auprès des femmes. Beau parleur, intelligent, subtil, il était le mari ou l'amant idéal, l'homme musulman à la fois pieux et moderne, chacun y projetant ce qu'il veut. Il a incarné le fantasme d'une génération», estime ce chercheur.

Rapport magnétique

Michaël Privot se souvient d'une «sorte de scénarisation» à laquelle se prêtait Tariq Ramadan pour ses conférences: «Il arrivait toujours en retard, entouré d'une garde rapprochée. On se battait presque pour aller le chercher à l'aéroport, espérant lui demander des conseils, une quittance morale et spirituelle. Il y avait un rapport magnétique au personnage».

«Un incroyable silence semblait régner autour du fait que cet homme se plaçait en guide religieux auprès de nombreuses jeunes femmes en détresse à qui il distribuait sa carte de visite après chaque conférence», ont écrit une douzaine de féministes musulmanes et antiracistes dans une tribune parue dans «Le Monde».

«Certaines parmi nous ont directement été confrontées au sexisme de Tariq Ramadan. Leurs interactions avec lui ont été marquées par des tentatives malsaines de séduction, une volonté de contrôle affectif et de manipulation psychologique», ont relevé les signataires, parmi lesquelles Attika Trabelsi et Sarah Zouak, deux responsables de Lallab, une association combattue par les milieux laïcs et peu suspecte d'opposition frontale avec les idées incarnées par le prédicateur genevois.

Pour un bon connaisseur du paysage musulman qui souhaite garder l'anonymat, «même si le mot est un peu fort, on pense à un gourou utilisant son pouvoir d'emprise spirituelle». «Il est dur dans les rapports humains, peut se mêler de la vie de tous les jours de ses proches», indique cet observateur. «Peu fidèle en amitié» selon cette source, Tariq Ramadan n'a pas vraiment fait école.

«Il était le soleil autour duquel des satellites tournaient mais, ce faisant, il a flingué toute une génération d'activistes musulmans, ne supportant pas les têtes qui dépassaient», cingle Michaël Privot.

«A-t-il seulement écrit à quatre mains un ouvrage avec un militant musulman qu'il aurait formé? La réponse est non. Preuve par l'empirisme qu'il a tout capté», abonde le politologue Haoues Seniguer, observateur critique des milieux «fréristes».

Ces dernières années, son influence a semblé décliner quand progressait l'islam plus rigoriste voire radical incarné par des prédicateurs salafistes. Dans les milieux musulmans politisés, Marwan Muhammad, ancien directeur du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), a néanmoins émergé. Mais, prédit un expert, «il n'arrivera pas à égaler la surface de Ramadan». (afp/nxp)

Créé: 14.11.2017, 14h45


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