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Initiative 1:12 «On ne va pas traquer les fiches de paie de tout le monde!»

Professeur d’économie, Paul Dembinski critique l'initiative des Jeunes socialistes «1:12 - Pour des salaires équitables». Car seule une petite partie des entreprises est concernée.

Des militants des Jeunes socialistes en campagne à Berne

Des militants des Jeunes socialistes en campagne à Berne Image: Keystone

Pour Paul Dembinski, il faut laisser le temps à l'initiative Minder de se mettre en place via une loi d'application. Le texte des Jeunes socialistes va trop loin.

L'USAM au front

L’USAM (Union suisse des arts et métiers) prendra le leadership de la future bataille contre l’initiative socialiste sur les salaires. C’est un secret de Polichinelle: Economiesuisse est en crise. Entre les entreprises suisses et sa faîtière, l’ambiance est à la défiance. Politiques et représentants du monde de l’économie veulent tirer les leçons de la défaite lors de la campagne contre l’initiative Minder.

Cette semaine, les réunions entre représentants de l’USAM, d’Economiesuisse et de l’Union patronale suisse se sont multipliés. De plus, un certain nombre d’élus bourgeois, proches des milieux économiques, sont en train de créer une nouvelle association – son nom: Succèsuisse – dont l’objectif est d’échafauder de meilleures stratégies lors des prochaines grandes batailles.

La votation populaire aura lieu en septembre ou novembre de cette année. «On ne gagne plus des campagnes de votation, en couvrant le pays d’affiches», critique un élu de droite sous la Coupole fédérale. C’est dans ce contexte qu’il a été décidé que l’USAM, qui regroupe avant tout les PME suisses (les entreprises de moins de 250 employés), montera en première ligne.


L’initiative 1:12, concoctée par les Juso (Jeunesses socialistes), demande que le salaire l’écart entre le salaire le plus bas et le plus haut dans une entreprise ne dépasse par le rapport 1 à 12. Rejeté par une très large majorité au Conseil national en septembre 2012, le texte des socialistes a connu le même sort aujourd’hui au Conseil des Etats. Ainsi que le Conseil fédéral qui ne veut pas lui opposer de contre-projet.

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Directeur de l’Observatoire de la finance à Genève, Paul Dembinski est également professeur à la Faculté des sciences économiques et sociales de l’Université de Fribourg. Il est spécialiste des PME, soit les petites et moyennes entreprises. Cet économiste s’engage plus souvent qu’à son tour dans les débats publics. Une attitude peu courante dans le monde académique romand. Il avait notamment soutenu activement l’initiative Minder «Contre les rémunérations abusives». Interview.

Le Matin - Combien d’entreprises, selon vous, sont concernées par cette initiative?

Paul Dembinski - Sur les 300'000 entreprises recensées par l’Office fédéral de la statistique, 85% d’entre elles emploient moins de 10 personnes. Et si on prend la fourchette haute, soit plus de 50 personnes et plus, cela ne représente que 2,5% des entreprises en Suisse. Soit grosso modo 8000 entreprises.

Les PME ne sont-elles pas touchées, selon vous, par la problématique des écarts salariaux?

Primo, il faut souligner que la très grande majorité des PME suisses sont de nature familiale. Si on se réfère à une moyenne prudente d’un salaire à 4000 francs, les patrons des entreprises en question devraient se verser plus de 40'000 francs mensuels ou un demi million à l'année pour être touchés par l'initiative 1:12! Tout le monde aura compris qu'il faut tout de suite dégonfler l'intérêt de cette question. Les patrons de l'immense majorité des PME ne touchent pas des sommes pareilles.

Et dans les grandes entreprises?

Les très grandes entreprises qui seraient vraiment concernées par cette opération sont environ 1 millier en Suisse. J’y inclus les 250 entreprises suisses cotées en Bourse. C'est dans ce seul millier d'entreprises que l'on pourra retrouver des décalages de salaire, versés à ces mercenaires de l'économie qui sont aux commandes sans être propriétaires, que dénonce l'initiative des Juso (Jeunesses socialistes, NDLR) mais que justement visait l’initiative Minder. Imposer une telle surveillance a tout le tissu économique est une aberration.

Les PME sont donc un monde du travail idyllique?

Je ne sais pas si tout est idyllique, mais en général, nous avons affaire à de petits patrons qui travaillent dur et qui se prennent un petit salaire. Ils réinjectent les bénéfices dans leur outil de production car ils veulent l'améliorer pour les transmettre à leurs enfants. On est plus dans une démarche patrimoniale que dans la logique de rémunération salariale.

Cet argument peut vous être retourné: l'initiative 1:12 n'est donc pas excessive, car elle ne touchera pas les PME?

Mais Minder est déjà passé par là! Il faut maintenant laisser le temps d'appliquer la loi. Le calendrier politique est malheureux, car il permet au PS de surfer sur un succès qui n'est pas le sien.

L’initiative des Juso ne parle que de l'équité salariale?

Mais il oppose de manière caricaturale patrons et employés. Dans le monde de la PME, il y a beaucoup de petits patrons qui se tuent au travail et qui, le week-end, passent encore la serpillière et éteignent la lumière en sortant.

Toute réglementation des hauts salaires est donc malvenue?

Ce qu'il faut encourager c'est une certaine transparence. Par exemple, publier une simple grille des rémunérations à l'intérieur des entreprises serait déjà un pas. Mais on ne va pas mettre en place toute une machinerie de surveillance pour traquer les fiches de paie de tout le monde. C'est le boulot de la fiscalité de régler ce genre de chose et l'administration ne doit pas interférer sur la structure salariale.

Est-ce que le professeur d’économie préconiserait un ratio idéal des salaires au sein d’une entreprise?

C'est la question du juste prix du travail. Mais qu'est-ce? En termes sociologiques, c'est un salaire qui permet une vie digne et maintient la cohésion du groupe. Même celui qui gagne des millions devrait pouvoir les justifier et les assumer les yeux dans les yeux de ses proches, de ses connaissances, de son environnement social.

Créé: 21.03.2013, 15h06

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