Mercredi 26 juin 2019 | Dernière mise à jour 13:45

Canton de Berne Traquer les pédophiles grâce à de fausses vidéos?

Comment lutter contre la pédophilie sur le net? La police bernoise réclame la possibilité de créer de fausses vidéos porno d'enfants pour attraper les pédocriminels. Controverse.

Une hausse de 24% des cas

Dans ses statistiques sur la criminalité, la conférence des commandants des polices cantonales (CCPS) avait constaté le 22 mars dernier une augmentation de 24% (soit un total de 1303 infractions) des actes d'ordre sexuel avec des enfants en 2018.

Stefan Blättler, président de la CCPCS, avait souligné que «en tant que société, il est de notre devoir d'observer cette problématique de près».

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Le chef de la police judiciaire (PJ) du canton de Berne vient de lancer une demande qui suscite la controverse. Il souhaite qu'à l'avenir, les enquêteurs puissent charger et échanger du matériel pornographique impliquant des enfants sur internet, précise mardi le «Bund». Mais les vidéos échangées seraient générées par ordinateur et donc purement fictives. En clair: il s'agirait de «fakes».

Mais il y a un hic, explique le «Bund»: cette demande soulève nombre de problèmes. Car la possession et la distribution de matériel de pornographie enfantine est actuellement strictement interdite, même si les vidéos sont produites artificiellement et qu'elles proviennent de la police. Raison pour laquelle le chef de la PJ, Thomas Sollberger, souhaite la révision du Code pénal en la matière.

Un «test de chasteté»

Les policiers sont confrontés à un dilemme de taille. Pour gagner la confiance des pédocriminels et accéder aux plateformes fermées, ils doivent passer un «test de chasteté». En effet, pour rejoindre un forum, ils doivent «offrir» à la communauté du nouveau matériel pédopornographique qui sera considéré comme un droit d'entrée, explique Otto Hostettler, expert du Darknet, qui a passé des mois à étudier la cybercriminalité en vue d'un livre.

Mais l'idée que la police fournisse les pédophiles en contenu maison même factice ne plaît pas à tout le monde. «Pour nous, ce n'est absolument pas possible», proteste d'entrée Xenia Schlegel, directrice de la Fondation suisse pour la protection de l'enfance. Pour elle, même si aucun enfant ne sera impliqué dans les fausses vidéos, celles-ci ne feront que stimuler la demande des consommateurs.

Elle y voit un autre problème «dangereux»: si la police est autorisée à faire circuler de telles photos ou vidéos, cela pourrait amener, selon elle, les consommateurs de pornographie à penser que les relations sexuelles avec des enfants ne sont finalement pas si mal. Xenia Schlegel propose plutôt de lutter contre la pédocriminalité sur le web en responsabilisant les fournisseurs d'accès. Et de citer qu'aux USA, ceux-ci se mettent à utiliser des filtres et des annonces avec un certain succès.

«Extrêmement discutable»

Au Chaos Computer Club, l'une des organisations de hackers les plus influentes en Europe, on ne se montre guère plus favorable à la méthode prônée par la police bernoise. Pour son porte-parole, Hernâni Marques, le fait que les enquêteurs se mettent eux aussi à échanger du matériel pédopornographique risque d'être à double tranchant. En effet, argumente-t-il, si les compétences de la police atteignent un jour leurs limites, c'est l'Etat lui même qui finira par diriger les plateformes pédophiles. «C'est donc extrêmement discutable», estime-t-il. Du côté de l'Office fédéral de la police (Fedpol), on se contente de souligner que la coopération avec les cantons se passe bien. On se dit prêt à faire face à l'augmentation du nombre de cas de pédocriminalité grâce à un gros travail de coordination et de soutien.

(nxp)

Créé: 26.03.2019, 16h15


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