Lundi 21 octobre 2019 | Dernière mise à jour 22:05

Procès Au tribunal pour la main d'or: «On m'a réprimé, sans un merci»

Le détectoriste Massimo Beck est jugé après avoir contesté une amende de 2 500 francs qui sanctionne... une découverte sensationnelle.

L'avis de l'archéologue

Pour l'archéologue cantonal Adriano Boschetti, une découverte archéologique n'est pas toujours une bonne nouvelle: «Un objet métallique sorti de terre subit toujours un choc chimique. Ainsi, une pièce de monnaie romaine peut-elle s'oxyder en cinq ans», a-t-il indiqué. Une convention européenne stipule qu'il vaut mieux laisser en terre les objets qui ne sont pas menacés par une construction. «Un objet qu se trouve en terre depuis 3 000 ans peut y rester encore 3 000 ans», explique Adriano Boschetti, pour qui la main en or a été endommagée alors qu'il n'était pas nécessaire de la sortir de terre. Problème supplémentaire: la main a été sortie de son contexte. Or, selon l'archéologue bernois, «le contexte fournit toutes les informations sur un objet». La fouille réalisée huit mois après la découverte a permis de la documenter, mais elle a détruit le site, qui reste mystérieux aux yeux des archéologues. «On était obligé d'agir... et de payer», a indiqué Adriano Boschetti, la facture étant payée par le contribuable.

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Le samedi 7 octobre 2017, le détectoriste Massimo Beck (48 ans) participait à une découverte sensationnelle à l'ombre du Chasseral, à Prêles (BE), alors qu'il dépolluait un champ agricole: une main de bronze ornée d’or vieille de 3 500 ans. Apportée au Service archéologique bernois, sa trouvaille l'a conduit hier au... tribunal!

«On m'a réprimé, sans un merci», a déploré Massimo Beck. Dénoncé par le service archéologique bernois, il a écopé d'une amende de 2 500 francs qu'il a contestée. Pourquoi est-il sanctionné alors que la main d'0r a été remise aux archéologues? «Sans autorisation, rien n'est possible avec un détecteur!», a estimé une employée de service d'archéologie bernois.

‹Nettoyage des plages›

«Je veux pouvoir déclarer mes découvertes fortuites sans être inquiété», a déclaré pour sa part le détectoriste. Sur le terrain, le quotidien de Massimo Beck n'est pas fait uniquement d'archéologie. Le 7 septembre dernier, dans le sable, ce représentant participait avec son association au nettoyage des plages d'Yvonnand (VD). Le week-end dernier, aux Jeunes-Rives de Neuchâtel, il dépolluait les berges du lac.

«On nous appelle pour retirer la ferraille qui met en danger le bétail, mais aussi pour rechercher gratuitement ici des clefs, là une gourmette ou une bague», déclare ce passionné de Courtelary (BE) qui exhume bon an mal an 500 kilos de ferraille.

Il refuse de passer pour un pilleur de tombe

L'archéologue cantonal Adriano Boschetti s'est déplacé à Moutier pour faire condamner le détectoriste amateur et faire respecter la loi bernoise sur la protection du patrimoine, laquelle stipule que «l'utilisation de moyens techniques pour fouiller le sol afin d'y découvrir des objets archéologiques est soumis à autorisation du service cantonal spécialisé».

«Sa motivation était de trouver un objet archéologique», a asséné l'archéologue cantonal. Mais le détectoriste refuse de passer pour un pilleur de tombes.

Deux perquisitions

Son collège l'a expliqué au tribunal: à Prêles, le site des Combettes n'a pas été choisi pour son potentiel archéologique, mais en raison du chemin qui le serpente, avec vue sur le plateau suisse: «On y cherchait des objets perdus ou jetés par les promeneurs. Du plomb, de l'aluminium, des vieux métaux...», a-t-il indiqué.

Massimo Beck a plaidé sa bonne foi, lui qui a subi deux perquisitions: «Je n’effectue pas de fouille archéologique, qui s'effectue à une profondeur de 50 à 150 cm, mais de la détection de loisirs dans des champs agricoles, qui elle se situe entre 20 et 30 cm», soutient-il.

Son collègue, qui tenait le détecteur le 7 octobre 2017 a raté le délai pour recourir contre son amende. Dès lors, Massimo Beck, qui tenait la pelle, s'est retrouvé seul devant la justice, avec la ferme intention d'en faire un cas d'école en recourant s'il le faut jusqu'au Tribunal fédéral.

Dans sa voiture

Tandis que son collègue portait la main dans sa voiture, Massimo Beck creusait encore. Il a encore trouvé une bague, un poignard et un os. Dans cette région où de nombreux détectoristes recherchent des fragments d'une météorite tombée dans les gorges de Douanne, la main d'or a été mise en lieu sûr et les trous ont été rebouchés.

Selon Massimo Beck, «si on n’avait pas découvert la main, la charrue d’un paysan aurait fini par la détruire. Elle aurait aussi pu être trouvée par des personnes moins scrupuleuses».

«Si on n'avait pas découvert la main, il n'y aurait pas eu de frais pour la collectivité», a répliqué l'archéologue cantonal. La fouille et la documentation ont laissé une ardoise de 171 000 francs. Pour un objet de quelle valeur? «Il n'y a pas de marché pour un tel objet», indique Adriano Boschetti, en évaluant la valeur intrinsèque de la main à 150 francs.

Spire à cheveux et pillages

Après le passage d’un ou plusieurs pillards aux Combettes, entre le 15 mars et et 19 avril 2018, les archéologues ont encore découvert une spire à cheveux, des fragments d’or et des ossements, dans une terre visiblement remuée par le passage répété d’anciennes charrues.

«On nous a accueillis de manière hautaine, dédaigneuse et moralisatrice. On nous a menacés, on nous a accusés. Je me suis senti comme un enfant qui se fait taper sur les doigts», déplore Massimo Beck. En dépit de tous les tracas subis, le détectoriste fait toujours sienne la citation d’Indiana Jones, au sujet d'une pièce historique: «Sa place est dans un musée».

Au musée, la main d'or de Prêles y fera halte, au Landesmusem de Halle (D), dès le 15 novembre prochain, après avoir été présentée au Nouveau musée biennois par le Service archéologique bernois. À Moutier, le jugement sera rendu mercredi prochain.

Vincent Donzé

Créé: 20.09.2019, 18h24

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