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Internet «Ce type de vote n'est pas démocratique»

L’e-voting sera élargi lors du prochain scrutin. Le président du Parti pirate vaudois, Gaël Marmillod, dénonce des risques de dictature numérique.

Gaël Marmillod estime que le danger de fraude est plus élevé avec le vote électronique.

Gaël Marmillod estime que le danger de fraude est plus élevé avec le vote électronique. Image: Le Matin

Tout est bon contre l'abstention

Par Lise Bailat, journaliste

Le vote électronique suscite des critiques en constante augmentation. Malaise lors du dernier scrutin fédéral: un citoyen lucernois a pu voter deux fois, une erreur corrigée et communiquée par la Chancellerie. Mais le doute persiste: le système est-il fiable? Ne court-on pas le risque d’une manipulation numérique de l’ensemble du système à terme, avec de possibles fraudes de masse?

Le Parti pirate a raison de poser ces questions et d’insister. De communiqué en communiqué, la Berne fédérale ne fait que parler de succès lorsqu’elle aborde les essais de vote électronique, un enthousiasme angélique et même un brin insultant vis-à-vis des citoyens. Chacun sait aujourd’hui que la Toile n’est pas le monde enchanté de Bambi. La confiance n’empêche pas la critique.

Il faut donc questionner le vote électronique. Jusqu’au bout, il faut tenter de l’améliorer, mais sans doute pas y renoncer. Pensons aux Suisses de l’étranger, 704 000 personnes, cette 5e Suisse qui est désormais presque aussi peuplée que le canton de Vaud. Pour eux, le vote électronique ne représenterait pas un luxe, mais un outil bienvenu. Presque indispensable.

Et c’est un outil de plus, sans être le moyen miracle, pour combattre un vrai risque qui pèse sur notre démocratie, à savoir l’abstention. Six personnes sur dix n’ont pas élu leurs représentants aux Chambres fédérales en octobre. Ça aussi, c’est une sorte de manipulation de la démocratie.

LA QUESTION DU JOUR: Faites-vous confiance au vote électronique?

RAPPEL DES FAITS ET REPERES

164 000 Le nombre de citoyens qui pourront voter par Internet le 17 juin
12 Le nombre de cantons qui pratiquent l’e-voting (dont GE, NE, FR et BE)
22 000 Le nombre de Suisses de l’étranger qui ont voté par Internet en octobre 2011
30% La limite fixée par le Conseil fédéral des e-citoyens pour un même canton

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Les citoyens suisses qui veulent voter via Internet sont de plus en plus nombreux. Ils seront 164?000 le 17 juin, soit 48?000 de plus que lors du dernier scrutin. Une évolution approuvée dernièrement par le Conseil fédéral contre laquelle le Parti pirate s’insurge. «La sécurité absolue du système ne peut être garantie. Il y a toujours un risque de détournement de son but d’origine, et cela nous dérange. On propose avec le vote électronique une boîte noire au citoyen. Ce type de vote n’est simplement plus démocratique», réagit le président du Parti pirate vaudois, Gaël Marmillod.

La polémique n’est pas nouvelle, mais elle enfle depuis les votations fédérales du 11 mars. Un électeur enregistré dans le canton de Lucerne avait alors pu voter deux fois via Internet avec la même carte de vote, erreur immédiatement corrigée. «C’est un incident très rare, mais sans conséquence sur le résultat du vote. On ne peut pas parler d’une faute, mais d’un bug. Les exploitants du système ont ensuite pris des mesures», explique Thomas Abegglen, collaborateur à la Chancellerie fédérale. Qui souhaite rassurer les sceptiques: «Je peux affirmer que la sécurité est le point principal des systèmes de vote électronique développés en Suisse. Nous n’avons jusqu’à présent jamais eu d’intrusion. Nous n’avons toutefois jamais dit qu’il y a une sécurité à 100%. Ça n’existe d’ailleurs pas.»

Le vote traditionnel risqué aussi

La pratique du vote traditionnel a aussi ses écueils. Thomas Abegglen: «Mon point de vue citoyen, c’est qu’on parle beaucoup des risques du vote électronique, car tout le monde connaît des histoires de piratage. Mais on parle peu des risques inhérents au vote traditionnel, qui sont pourtant nombreux.» Comptage des voix inexact, vol des enveloppes, captation de suffrages: les exemples récents ne manquent pas.

Mais Gaël Marmillod estime que l’e-voting est plus risqué quand même: «Avec le vote traditionnel, il est peu probable qu’on ait un cas de fraude qui se déclare dans tous les bureaux de vote. Tandis qu’avec le vote électronique, c’est centralisé, avec la probabilité qu’on ne découvre jamais qu’il y a eu manipulation. Dans le cas du système de Genève, il suffirait d’avoir trois personnes dans la poche pour manipuler les résultats.» Le scepticisme des Pirates est partagé par des élus vaudois aux Chambres fédérales. Le sénateur Luc Recordon (Vert) et le député Jean Christophe Schwaab (PS) ont déposé dernièrement des interpellations à ce sujet. Le Conseil fédéral promet de livrer un rapport complet sur le vote électronique l’an prochain.

Créé: 09.04.2012, 22h51

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