Dimanche 31 mai 2020 | Dernière mise à jour 12:44

Vote sur l'immigration «L'UDC devra être constructive»

Le conseiller fédéral de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, veut rapidement trouver des solutions pour sortir de la crise. Pour lui, ça doit se faire avec l’UDC, mère de l’initiative. Interview.

Johann Schneider-Ammann au Département fédéral de l’économie, à Berne.

Johann Schneider-Ammann au Département fédéral de l’économie, à Berne. Image: Laurent Crottet

Affaire des comptes Offshore: «Honnêtement, j’ai souffert!»

Le 29 janvier dernier, Johann Schneider-Ammann était épinglé dans l’émission Rundschau de la Télévision alémanique au sujet de l’optimisation fiscale du groupe Ammann, lorsqu’il en était le patron.

Des comptes à Jersey et au Luxembourg abritaient quelque 250 millions de francs, qui ont échappé au fisc suisse durant les années 1996 à 2009.

Le Service des contributions du canton de Berne examinait s’il n’y avait pas eu des irrégularités dans cette façon de procéder. Mais le 8 février, ce même service communiquait qu’il n’y avait rien à redire. Hier, on apprenait que l’Administration fédérale des contributions ne s’estimait pas compétente dans ce cas. Et que la Commission des finances du Grand Conseil bernois n’avait rien non plus à reprocher au patron du groupe Ammann. Il n’y a donc officiellement plus d’enquête sur cette affaire.

Le conseiller fédéral a confié au Matin être très affecté: «Honnêtement, j’ai souffert. Cela a aussi touché ma famille, ce que je n’accepte pas. J’ai toujours su que c’était une attaque perfide dans le but de me déstabiliser. Mais je suis resté serein. Nous vivons tout de même dans un Etat de droit. J’ai reçu année après année la confirmation des autorités fiscales bernoise de la conformité de la situation du groupe. Pourquoi revenir sur ces décisions? Ce qu’on a fait m’a beaucoup interpellé: quelqu’un peut venir avec un bout de papier, une supposition, un soupçon et celui qui est visé n’a soudain aucune chance de se défendre.»

Mais ce n’est pas tout. Le conseiller fédéral répond aussi aux attaques basées sur la morale: «Dans ce domaine, la morale est quelque chose qui évolue, constate-t-il. A l’époque, ce que le groupe a fait, beaucoup d’autres entreprises le faisaient.» Et d’estimer: «On ne peut pas juger les comportements d’hier avec la morale d’aujourd’hui, sans tenir compte des réalités de l’époque.»

Sondage

Quel comportement devrait adopter le ministre de l'économie Schneider-Ammann?

Il devrait sortir de son silence et être plus présent.

 
25.3%

Il devrait conserver le profil bas encore quelques temps.

 
8.1%

Il a perdu toute crédibilité et devrait se retirer.

 
66.6%

1381 votes au total


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Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a reçu «Le Matin» hier au Département fédéral de l’économie, à Berne.

Pour vous, cette votation sur l’immigration de masse, c’était le coup d’assommoir, non?

Dans un premier temps, j’ai un peu refusé de croire ce qui venait de se passer. Mais je me suis très vite dit: «C’est clair, c’est ce que le souverain a voulu. Il faut l’accepter et trouver des solutions.»

On imagine que ça vous a mis k.-o. Est-ce pour ça que vous vous êtes ensuite muré dans le silence?

Non, je ne suis pas un boxeur!

Et pourquoi pas? Pourquoi ne pas avoir fait preuve d’un élan combatif et rassurant qu’on peut attendre d’un ministre de l’Economie dans une telle situation?

Il était prévu depuis longtemps que le Département de justice et police de Simonetta Sommaruga serait leader sur ce dossier. C’est le jeu de la collégialité. Aujourd’hui, le Conseil fédéral doit jouer son rôle. Le président de la Confédération, Didier Burkhalter, est notre principal porte-parole. Mais soyez rassurés, je suis en contact avec les commissaires européens, et je défends nos intérêts, même si je ne suis pas tous les jours dans les médias. Je sais par expérience que les meilleures solutions se négocient dans la discrétion.

N’empêche, dans une situation aussi exceptionnelle, pourquoi ne pas avoir osé davantage de combativité, tout en respectant la collégialité?

Dès le 9 février, j’ai souhaité rassembler les dirigeants des associations faîtières de l’économie pour les informer et répondre à leurs questions. Je veux leur offrir la possibilité d’exposer leurs idées pour organiser ce régime de contingentement. Je les ai invités à trouver des solutions valables pour toute l’économie, qui respectent toutes les branches et qui permettent de préserver la compétitivité de l’économie suisse.

On comprend que vous aimiez la discrétion, gage de négociations fructueuses. Mais comprenez-vous que certains secteurs aient publiquement besoin d’être rassurés? Le monde scientifique et estudiantin par exemple.

Malheureusement, on doit à ce stade accepter la suspension des négociations pour Erasmus + et Horizon 2020, qui étaient malheureusement en cours de renouvellement au plus mauvais moment pour nous. Mais je dis à ces jeunes: restez ambitieux et continuez à vous intéresser aux programmes d’échanges. Nous voulons clarifier la situation le plus rapidement possible. Nous travaillons sur une solution provisoire, à court terme, afin de préserver ces échanges. A court terme, cela veut dire dans les semaines à venir.

Quelle est votre solution et que doivent faire les chercheurs dans l’immédiat?

Nous invitons les chercheurs suisses à présenter leurs candidatures et leurs projets jusqu’à la mi-mars, comme initialement prévu. Je veux trouver dans les mois à venir une solution avec l’Union européenne. Car si la Suisse a quelque chose à apporter au continent, c’est certainement dans la recherche et la science, où nous sommes les plus innovateurs.

Donner un délai de trois ans pour faire une loi n’est-ce pas trop long, alors que l’Europe veut des garanties rapides pour la libre circulation?

Le Conseil fédéral a dit qu’il cherchait un concept de réalisation pour les contingents jusqu’au mois de juin, avec l’ambition de présenter un message au Parlement avant la fin de l’année. Il nous faut rester calmes, trouver des solutions intelligentes et ne pas perdre du temps. L’incertitude actuelle est un poison pour tous les gens concernés, scientifiques ou entrepreneurs.

Seriez-vous favorable à des permis saisonniers comme le souhaite l’UDC?

Non, nous avons mis un terme au statut de saisonnier avec la libre circulation. Celle-ci n’a pas seulement apporté des améliorations sur le marché du travail, mais aussi des améliorations aux personnes concernées du point de vue humain.

Et vous pensez que l’UDC vous laissera faire? Car pour elle, c’est une occasion inespérée de mener campagne pour conquérir un nouveau siège au Conseil fédéral aux dépens du PLR…

Nous vivons dans un système politique où cinq partis sont représentés au Conseil fédéral. Ces partis savent tous qu’il faut aujourd’hui trouver une solution commune, respectant la décision du peuple, tout en sachant que l’Union européenne ne transigera pas sur ses libertés fondamentales, dont la libre circulation des personnes fait partie. Je pense que l’UDC va s’engager d’une manière constructive parce qu’elle ne veut pas prendre le risque de voir notre économie chuter avec toutes les conséquences que cela aura pour l’emploi.

Vous tendez la main à l’UDC… Mais si ça capote, vous pourrez toujours lui imposer la responsabilité de l’échec. C’est aussi une tactique électorale, non?

Est-ce que cela sert à quelque chose de se demander aujourd’hui qui est responsable? Nos positions sont différentes, mais il faut nous rassembler. Dorénavant, la zizanie est un luxe. Je ne fais donc pas de tactique électorale, je suis seulement intéressé à trouver des solutions viables.

Créé: 21.02.2014, 10h48

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