Vendredi 22 novembre 2019 | Dernière mise à jour 08:14

Suisse «Un veau que l'on écorne tout petit ne souffre pas»

Le National débat lundi sur l'initiative pour les vaches à cornes. En jeu, la dignité et le bien-être de l'animal. Le point avec un vétérinaire vaudois.

Avec ou sans cornes? La futur des vaches sera débattu au Parlement.

Avec ou sans cornes? La futur des vaches sera débattu au Parlement. Image: Keystone

Initiative d'un paysan grison

Paysan grison - L'initiative a été lancée en septembre 2014 par Armin Capaul, un paysan grison installé à Perrefitte, dans le Jura bernois. Elle a été déposée en mars 2016 avec 120'000 signatures valables.

Soutiens - Le texte a reçu le soutien de plusieurs organisations, comme la Protection suisse des animaux, l'Association pour la défense des petits et moyens paysans, Demeter, Bio Suisse, ProSpecieRara ou la Fondation Franz Weber. En revanche, l'Union suisse des paysans n'y est pas favorable et critique l'idée d'une subvention.

Niet - Le Conseil fédéral rejette lui aussi le texte. L'idée d'une telle subvention n'a pas été retenue dans la dernière politique agricole. Et la Confédération soutient déjà les formes de production «particulièrement respectueuses» des animaux, argumente-t-il.

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Lundi le Conseil national se penche à son tour sur l'initiative populaire «Pour la dignité des animaux de rente agricoles». Le texte demande que les paysans qui maintiennent les cornes de vaches soient soutenus financièrement. Car la dimension d’une étable à stabulation libre pour vaches à cornes doit être supérieure d’un tiers à la moyenne. Moins d'animaux peuvent donc y être détenus. Et qui dit moins d'animaux, dit moins de revenus. Le Conseil des Etats a rejeté en automne dernier ce texte après un long débat émotionnel où la dignité et le bien-être de l'animal ont été en question. On fait le point avec le président de la société vaudoise des vétérinaires, Jean-Marie Surer à Bière.

Le Matin: Enlever ou pas les cornes des vaches, telle est la question. Mais en fait, les cornes, ça sert à quoi?

Jean-Marie Surer
: Si on se penche sur l'évolution historique des bovins depuis des milliers d'années, les cornes se sont développées pour marquer la hiérarchie et la suprématie au sein du troupeau, mais aussi pour la défense et pour l’attaque. Elles sont devenues progressivement un instrument de domination et de combat. C'est aussi un moyen de communication.

Près de 90% des vaches en Suisses n'ont plus de cornes. Pourquoi?

On enlève les cornes d'abord pour des raisons pratiques et de sécurité. Aujourd’hui, 85% des bovins sont détenus en stabulation libre. Ils ne sont plus entravés comme autrefois dans des écuries chaudes et nourris à la paille. Les vaches sont libres et elles se font du mal entre elles, comme les bovins se font du mal à l’état sauvage. En outre, pour moi qui suis vétérinaire, des vaches sans cornes sont préférables car elles sont moins dangereuses. Celles avec de grandes cornes sont en effet difficiles à manipuler. Avant, les vaches étaient très domestiquées car il n'y avait que 15 à 20 bêtes dans les écuries. Aujourd'hui, les troupeaux comptent 100 à 120 vaches. Celles-ci ont moins de contact avec les humains et sont devenues plus sauvages.

Pourtant, certains éleveurs laissent les cornes aux vaches, notamment en Valais avec les reines de la race d'Hérens...

Oui, car la vache d'Hérens est une vache de combat, pas une productrice de lait. Et il y a davantage de blessures et de cornes cassées dans cette race. Mais cela fait partie du système. Dès le moment où on sélectionne des bêtes pour le combat, on en assume les conséquences. Mais quand on sélectionne les vaches pour le lait, on ne veut plus entendre parler de cornes.

Pourtant la loi suisse pour la protection des animaux est très restrictive. On n'a plus le droit de couper la queue d'un chien par exemple. Pourquoi peut-on écorner les vaches?

Personne effectivement ne doit de façon injustifiée causer des douleurs à des animaux et nous devons respecter intégralement le physique d'une bête. Mais pour les bovins, et les chèvres, on a le droit de les écorner pour des raisons économiques et industrielles.

Selon les initiants, l’écornage ne peut être réalisé sans engendrer des douleurs. Votre avis de vétérinaire?

Lorsqu'on écorne un veau dans les 2-3 premières semaines après sa naissance et selon les prescriptions légales, il ne souffre pas. Car les moignons de ses cornes sont encore très petits. L'opération se fait en outre sous anesthésie complète. L'animal ne sent rien. Par contre, si on écorne un bovin adulte, dont les cornes sont déjà formées, c’est effectivement plus discutable et je pense qu'il doit y avoir souffrance. Cela se fait parfois, notamment quand une vache est vendue et arrive dans un élevage sans cornes. Ou alors quand un animal devient agressif avec les autres.

Pour les initiants, enlever les cornes des vaches c’est porter atteinte à leur dignité. Qu'en pensez-vous?

Je suis d'accord. Moi même, je suis devenu vétérinaire car j'étais fasciné, enfant, par les cornes des vaches. Et c'est clair qu'une vache sans cornes n'est plus le même animal. Une vraie vache a des cornes. Mais il se trouve que pour des raisons laitières et de sécurité, on écorne le bétail, comme cela se pratique à l’étranger. D'ailleurs des pays ont fait des sélections génétiques pour arriver à une race sans cornes. Car le gène «sans corne» domine sur le «gène avec corne». On trouve ainsi en Angleterre la célèbre race Aberdeen-Angus, dépourvue de cet attribut. La Suède aussi compte beaucoup de vaches laitières sans cornes.

Certains partisans du texte citent des études qui affirment que la qualité du lait ne serait plus la même après l'écornage, que le lait serait plus allergène...

Je ne crois qu’à des critères scientifiques. Je n’ai encore jamais vu une étude sérieuse affirmant que la qualité du lait est moins bonne.

Des paysans affirment aussi que les vaches écornées bavent davantage, perdent le sens de l’orientation et marchent de guingois quand elles n’ont plus de cornes…

Je veux bien croire que cela peut être valable pour les vaches écornées à l’âge adulte. Mais pour les veaux, c’est faux.

L'initiative veut indemniser les paysans qui laisseraient les cornes à leurs vaches. Qu'en pensez-vous?

Je suis plutôt contre. Commencer de distribuer des paiements directs pour tout et n’importe quoi, c’est sans fin. A titre personnel, je préfère voir une vache avec cornes. Mais il y a néanmoins la vie réelle. Celle de ceux qui se lèvent tous les jours à 4h du matin et se couchent tard le soir pour aller traire leur vaches, ce que le consommateur ne voit pas. Et chacun doit pouvoir faire ce qu'il veut. Ceux qui veulent être payés davantage peuvent se lancer par exemple dans le bio. Là, les éleveurs doivent laisser les cornes des vaches et le lait bio est mieux payé. Et c'est très bien. Mais si des paysans refusent d’écorner les animaux, c’est un choix qu’ils font et il n’ont pas à être récompensés par des paiements directs sur les cornes.

Le sujet est très sensible, on l'a senti au Conseil des Etats, et il touche la population. Pourquoi pareil intérêt?

La vache est l'un des symboles de la Suisse profonde. Et on la figure depuis toujours avec des cornes. On touche donc le cœur des Suisses, et c’est très émotionnel.

Créé: 04.06.2018, 08h27

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