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Passion Il passe sa vie à regarder décoller les fusées

Seul photographe suisse accrédité sur les pas de tir, Roland J. Keller a assisté à 30 lancements.

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Trente lancements accrédités: à 62 ans, le journaliste jurassien Roland J. Keller bat des records européens en aéronautique. Plus précisément en observation aéronautique: cet ingénieur est le seul photographe suisse accrédité sur les pas de tir (NASA/ESA/SpaceX) depuis... 1981!

À Cap Canaveral, Roland J. Keller a tout vu: le premier et le dernier vol d'une navette spatiale, le lancement de l'astronaute vaudois Claude Nicollier, la catastrophe de Challenger...

À cinq kilomètres

Quand un million de spectateurs assistent à un lancement, Roland J. Keller est le plus proche du pas de tir, à cinq kilomètres, un main sous son téléobjectif en chassant les moustiques...

«Le public qui retient son souffle, c'est une ambiance silencieuse qui procure à chaque fois de l'adrénaline, avec la crainte d'une explosion», explique cet observateur marqué par Challenger.

«Vingt secondes après le décollage, le son nous parvient, très strident, avec 3000 tonnes de poussée», précise l'ingénieur jurassien. Mais la face cachée d'un lancement l'impressionne aussi: «Ce qui se déroule sous mes yeux, c'est l'aboutissement d'un travail considérable pour des milliers de gens».

Chez sa grand-mère

Rien ne prédestinait cet enfant de Pleigne (JU) à mettre le nez dans les étoiles. Sauf qu'à l'âge de 13 ans, dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, il a regardé l'alunissage chez sa grand-mère Léontine, laquelle possédait une petite TV portative.

L'alunissage a servi de déclencheur: scolarisé à Delémont, il s'est mis à fabriquer des maquettes et à se passionner pour les missions Apollo. À 13 ans, il s'inscrit à un voyage à Cap Canaveral, via le magazine Radio TV8...

En ouvrant le courrier, sa mère croit qu'il est invité au lancement d'Apollo 13, sans saisir que le voyage est à ses frais: Roland a renvoyé le coupon dans le seul but de recevoir la documentation... Chez lui, à Courrendlin (JU), une cave entière en est remplie.

Envoyé spécial

Son premier déplacement dans la peau d'un envoyé spécial, il l'effectue en 1981. Devenu ingénieur en mécanique et correspondant du quotidien jurassien «Le Démocrate», Roland J. Keller met en orbite l'agence spatiale Astropresse en 1986. Avec l'agence spatiale européenne, il est le seul du continent à obtenir des photos du laboratoire de Houston (Texas).

Un vol en Concorde en 1987, un autre en Hunter avec Claude Nicollier en 2011, un vol en Zéro G sur la Méditerranée en 2016, mais Roland J. Keller n'est pas un fanfaron: rencontré cette semaine sur l'ancien aérodrome de Courtedoux (JU), il évoque ses expériences en les qualifiant de «privilèges».

Deux fois le mur

«Un vol en Concorde, à deux fois le mur du son, c'était d'autant plus fou que le pilote discutait avec moi en me regardant... sans risque de croiser un autre avion, à 20 000 mètres d'altitude», glisse Roland J. Keller.

Le vol en Hunter avec Claude Nicollier l'a aussi marqué: «Le Valais s'est retrouvé au-dessus de nous: mon pilote venait d'effectuer un tonneau barriqué...».

Mais le vol qui l'a estomaqué, c'est celui en apesanteur, à Zéro G, dans un avion qui tombe en vrille en effectuant des paraboles: «L'extase pendant 32 secondes, comme une thérapie...» souffle ce passionné qui ne possède aucun brevet de pilote. «Être un reporter dans l'espace, oui! Mais pilote, non...», sourit-il.

Aux obsèques

Le journaliste jurassien est accrédité depuis si longtemps que toutes les portes ou presque lui sont ouvertes. Ainsi en 2012, il assiste aux obsèques de Neil Armstrong, premier homme à avoir marché sur la lune.

Virgin Galactic (2013), Mission Jupiter (2016), module ESA Orion (2018): il a accès aux grandes étapes américaines de l'exploration spatiale. Et quand il n'y est pas, la NASA s'inquiète: «Pourquoi n'es-tu pas venu? Tu es malade?».

Un petit Suisse

Sa modestie reprend le dessus: «Ils aiment bien savoir ce que pense un petit Suisse d'une grande fusée américaine», suppose Roland J. Keller, rédacteur en chef depuis douze ans de la revue «Swiss Engineering».

Son blog a trouvé un public essentiellement américain. Roland J. Keller est prêt à repartir dans sa seconde patrie, via Miami et Orlando. direction Cap Canaveral. Pas pour des vacances: «Là-bas, je bosse plus qu'ici», précise-t-il. Sa femme et sa fille le laissent faire: leur passion à elles, c'est l'équitation.

Créé: 11.08.2019, 11h49

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