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Témoignage «Je vis un enfer à cause des ondes»

Alors que la France est sur le point de créer une zone blanche pour les protéger, les personnes électrosensibles vivant en Suisse restent souvent considérées comme des fous.

Sosthène Berger, avec son électrosmogmètre dans la main, vit mal le fait de devoir s’accoutrer de cette façon dès qu’il met un pied hors de chez lui.

Sosthène Berger, avec son électrosmogmètre dans la main, vit mal le fait de devoir s’accoutrer de cette façon dès qu’il met un pied hors de chez lui. Image: Sandro Campardo

La Suisse doit-elle créer des zones blanches?

L’EXPERT

«Il est urgent de faire des études indépendantes»

●L’électrosensibilité est-elle un mal réel selon vous?

Elle est surtout un fait basé sur l’expérience. Nos valeurs de référence élaborées pour garantir une vraie protection se basent sur des milliers de cas. Et elles sont largement inférieures aux valeurs des normes en vigueur. J’ai pu les vérifier au cours de 12 années de mesures, pendant lesquelles j’ai rencontré plus de 500 personnes électrosensibles. Malheureusement, on ne peut pas se fonder sur l’ensemble des études scientifiques. Il serait en effet urgent de faire des études indépendantes de l’industrie et mieux adaptées aux singularités de l’électrosensibilité. Toute la population en profiterait.

●Quelles sont justement les normes en vigueur en Suisse?

Elles sont de 60 volts par mètre à un endroit quelconque et de 6 V/m à l’intérieur d’un logement, d’une école etc. Cependant, une protection effective commence à des valeurs inférieures à 0,06 V/m pour la population générale et inférieurs à 0,006 V/m pour les personnes sensibles lors du repos.

●Qu’est-ce qu’une onde électromagnétique?

C’est une forme de transfert d’énergie. Les ondes électromagnétiques sont émises intentionnellement par exemple par les antennes (radio, télévision, télécommunication, radar), les portables, les téléphones sans fil, les bornes wi-fi, les babyphones. Et comme effet secondaire non désiré par les lampes fluocompactes, les installations CPL (courant porteur en ligne) et d’autres appareils électroniques. 

PETER SCHLEGEL
Ingénieur diplômé de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich

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Sosthène Berger, 49 ans, reçoit «Le Matin» au fond de son jardin à La Neuveville (BE). Là où il a égrainé les jours entre avril et octobre 2011, n’accédant à sa maison que pour se doucher et dormir. C’est cette année-là que l’ingénieur a découvert qu’il était «électrosensible». Tout à coup, wi-fi, téléphones portables, tablettes et même aspirateur, perceuse ou machine à coudre ont fait de son existence un enfer. Depuis, il vit dans un chantier permanent afin de se prémunir au mieux des ondes électromagnétiques.

Tout a commencé, pour Sosthène Berger, par des migraines répétées qui remportaient toute bataille médicamenteuse. Ont suivi insomnies, troubles cognitifs, bourdonnements très forts dans les oreilles, malaises, palpitations cardiaques et sautes d’humeur. Une nuit où l’ingénieur garde une énième fois les yeux grands ouverts, son instinct le pousse à emporter une natte de voyage à la cave pour y dormir. Il trouve enfin le repos dans cet abri et se met à soupçonner une corrélation entre ses maux et les ondes électromagnétiques.

Sept médecins consultés

En parallèle, il consulte pas moins de sept médecins, dont un qui lui recommande de «se faire aider». Sosthène Berger va donc voir un psychologue. Plein d’espoir. Peut-être est-il en effet un peu dérangé? Mais c’est en vain. Le professionnel l’encourage seulement à accepter les nombreux renoncements qui constituent désormais sa vie: sortir «déguisé», comme il dit, avec lunettes, cagoule et vêtements en fibre d’argent, abandonner les transports publics, oublier les cafés en terrasse, les restaurants en tête-à-tête avec son épouse et surtout la fierté d’assister aux spectacles de fin d’année de ses filles de 8 et 11 ans. Sosthène Berger a aussi perdu des amis de 30 ans qui ont commencé à le percevoir comme un marginal, un illuminé. Travailleur indépendant, il est également privé d’un mandat auprès d’une entreprise qui n’appréciait guère son changement de look.

Mais il tient bon, notamment grâce au soutien de son épouse. Electrosmogmètre en poche, il fait blinder les murs de sa maison pour se protéger des ondes émises par ses voisins. Chaque câble électrique est aussi blindé pour une dizaine de milliers de francs. Sosthène Berger cherche de surcroît à se cuirasser lui-même, espérant qu’il réussira à développer une certaine résistance aux ondes.

En attendant, il se sent abandonné. Il a certes créé sa minizone blanche mais n’a reçu aucun soutien financier. «Rien n’est remboursé. On ne vous propose aucun traitement et on vous traite de fou», résume-t-il amer, ajoutant que son propre père ne le croit pas.

Pas de base scientifique

L’Office fédéral de la santé publique stipule en effet qu’il n’existe pour l’instant aucune base scientifique permettant de relier les symptômes de l’hypersensibilité électromagnétique à une exposition aux champs électromagnétiques. Il ne reconnaît donc pas cette maladie et les personnes concernées ne peuvent bénéficier de l’AI. L’Organisation mondiale de la santé partage cette position et va même plus loin, en affirmant qu’«il existe aussi certains éléments indiquant que ces symptômes peuvent être dus à des maladies psychiatriques préexistantes, ainsi qu’à des réactions de stress résultant de la crainte inspirée par les éventuels effets sur la santé des ondes, plutôt que de l’exposition aux ondes elles-mêmes». Certains pays ont malgré tout reconnu l’électrosensibilité comme une maladie. C’est par exemple le cas de la Suède. La position de la France est également en train d’évoluer, puisqu’elle envisage de créer une zone blanche dans les Hautes-Alpes. (Le Matin)

Créé: 28.12.2013, 07h20


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