Jeudi 27 février 2020 | Dernière mise à jour 21:41

Humeur Mais vivement que l'on vote sur l'huile de palme!

Après dix ans de polémiques à Berne, les Suisses pourraient voter sur ce produit très contesté. Un choix qui s'annonce dans l'air du temps entre la biodiversité et le business.

Le conseiller national Dominique de Buman (PDC/FR) avait déposé une première interpellation contre l'huile de palme en 2010. Depuis, la défense des orangs-outans et de la biodiversité a fait son chemin dans les esprits.

Le conseiller national Dominique de Buman (PDC/FR) avait déposé une première interpellation contre l'huile de palme en 2010. Depuis, la défense des orangs-outans et de la biodiversité a fait son chemin dans les esprits. Image: istock/Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Généralement, les accords de libre-échange font l’objet d’une discussion confidentielle au Parlement à Berne. Au vote, il y a parfois l'opposition de quelques sceptiques (notamment avec l'Arabie saoudite). Mais dans l’ensemble, il y a un consensus de gauche à droite sur le fait que les entreprises suisses doivent pouvoir exporter leurs produits, montres et médicaments dans de bonnes conditions.

«Atteintes désastreuses»

C’est pourquoi la fronde qui se dessine contre l’huile de palme est citoyenne et ne vient pas des partis institutionnels. Cependant l'huile de palme est sur la selette depuis dix ans à Berne... En 2010, Dominique de Buman (PDC/FR) avait déposé une motion qui dénonçait une huile «produite dans de nombreux pays, notamment en Asie, au prix de déforestations massives qui provoquent des atteintes désastreuses à l'environnement.» Il demandait à ce que les produits qui en contiennent le mentionnent clairement.

Attaques vaines

Le Conseil fédéral avait refusé et répondu que la Confédération «s'engageait déjà activement afin de créer un cadre permettant d'éviter les dommages qui pourraient découler de la production intensive d'huile de palme». Dix ans plus tard, ses réponses n'ont guère varié. Par la suite l'agriculteur vaudois Jean-Pierre Grin (UDC/VD) a repris le flambeau pour protéger l'huile de colza indigène, sans grand succès non plus face aux arguments de son collègue Guy Parmelin. D'autres motions de la gauche et des Verts ont également visé l'huile de palme. Mais sans elle, pas d'accord possible avec l'Indonésie et la Malaisie, a martelé le Conseil fédéral.

«Une aberration agricole»

L’huile de palme est aujourd’hui une denrée diabolisée et même les enfants ne veulent plus manger du Nutella! Ils ne veulent pas être responsables de la déforestation ou de la destruction de l’habitat des orangs-outans. Et, comme le dit Willy Cretegny à l'origine du référendum: importer de l’huile de palme de l'autre bout du monde est une aberration agricole. De ce point de vue, il a raison. D'un point de vue plus large, le commerce mondial engendre bon nombre d’absurdités, où la circulation des produits est presque devenue une fin en soi. Peu importe si une pastèque fait deux fois le tour du monde pour finir dans une conserve, cela fait vivre les transporteurs.

Une équation morale

Entre sauver des grands singes et l'huile de colza ou s'ouvrir un marché de 300 millions de consommateurs, le peuple suisse devra résoudre une équation morale. Les référendaires ont jusqu’au 9 avril pour déposer 50 000 signatures contre l’accord. C’est très court, mais l’huile de palme a une telle mauvaise presse que la récolte devrait être plus facile que contre le congé paternité. Cela permettra à Guy Parmelin de faire campagne pour convaincre ses «amis» agriculteurs sur le besoin vital d'une certaine Suisse de vendre ses produits à Jakarta et Kuala Lumpur. Mais à condition qu'on leur prenne leur huile dont personne ne veut.

Eric Felley

Créé: 29.01.2020, 09h44

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.