Lundi 26 août 2019 | Dernière mise à jour 07:30

Requérants d'asile Vivre en abri nourrit leurs cauchemars

Loger les migrants, souvent traumatisés par leur parcours, dans des abris PCi sous terre fait polémique. A raison, estime le corps médical.

Lueur des néons, bruit, manque d’hygiène, tout est contre-indiqué pour un long séjour.

Lueur des néons, bruit, manque d’hygiène, tout est contre-indiqué pour un long séjour. Image: Keystone

Faut-il renoncer à installer les requérants dans des abris PC?

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Un peu partout en Suisse, des abris de la protection civile ouvrent pour accueillir des requérants d’asile. Un type de logement inhumain pour certains, correct pour d’autres. Pour trancher, «Le Matin» a demandé l’expertise d’acteurs de terrain.

Nelson Feldman, psychiatre psychothérapeute à Nyon et médecin associé au service d’addictologie des HUG, suit des requérants logés dans ces conditions. «Cette population est déjà fragilisée: elle a souvent subi la torture, l'emprisonnement, les mauvais traitements, perdu son statut social… Elle ne peut donc pas être comparée à des recrues qui vivent majoritairement bien leurs nuits en abri, et retrouvent leur environnement habituel le week-end», prévient-il. La prévalence de troubles psychiques est très élevée au sein des requérants: états dépressifs sévères, troubles anxieux, stress post-traumatique, addictions… Le contexte de promiscuité, de bruit, d’agressivité, voire de violences, entraîne la réminiscence de mauvais souvenirs, donnant souvent lieu à des cauchemars.

«Ce climat anxiogène, avec la police qui débarque pour une bagarre par exemple, n’est pas non plus propice aux traitements», souligne Nelson Feldman. Son diagnostic est clair: les abris ne sont pas du tout adaptés. A partir de combien de jours la situation est-elle problématique? «Elle l’est d’emblée. S’il y a des problèmes de place, la phase dans un abri PCi devrait être la plus brève possible au vu de l’état psychique de cette population.» Sur le plan de la santé physique, la vie dans les abris a aussi un impact. Sophie Durieux-Paillard, médecin adjoint responsable du Programme santé migrants aux HUG, revient d’une intervention à l’abri des Trois-Chêne, à Thônex (GE). «Je constate des troubles du sommeil pour quasi tout le monde. L’horloge biologique se dérègle, certaines enzymes et beaucoup d’hormones sont produites en fonction de l’alternance jour/nuit.» Dans les abris, la lumière est généralement présente en permanence. «Souvent, au moins le couloir reste éclairé. Sinon, comme on est sous terre, il fait aussi noir que dans un four. Des efforts – comme l’installation de rideaux – ont tout de même été faits.» Le médecin remarque aussi que des problèmes aux yeux, tels que des conjonctivites, apparaissent rapidement, du fait de l’exposition massive à la lumière des néons. Beaucoup de personnes présentent des carences car les repas contiennent trop de féculents, pas assez de fibres et de produits frais. Enfin, conséquence logique de la promiscuité: la transmission des maladies est grandement facilitée. «Le problème se pose régulièrement pour la gale ou les punaises de lit, favorisées encore par les conditions d’hygiène. A l’abri des Trois-Chêne, il y a quatre douches pour 90?personnes. Mais il peut aussi se poser pour d’autres maladies, comme la tuberculose», remarque Sophie Durieux. Le médecin estime que les abris PCi sont contre-indiqués en cas d’asthme, de maladies pulmonaires, de diabète, de régimes alimentaires particuliers et de problèmes orthopédiques (en raison des rampes d’accès et des lits superposés).

Créé: 31.07.2015, 06h29

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