Dimanche 24 mars 2019 | Dernière mise à jour 11:16

Drogue Lausanne pointée du doigt en matière de deal de rue

Selon une analyse, la capitale vaudoise obtiendrait de meilleures résultats dans sa lutte contre le trafic de stupéfiants en abandonnant sa politique répressive actuelle.

L'étude montre à plusieurs reprises les difficultés pour la police de se retrouver en pointe et isolée sur ce dossier.

L'étude montre à plusieurs reprises les difficultés pour la police de se retrouver en pointe et isolée sur ce dossier. Image: Keystone

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Il faut gérer le deal de rue plutôt que s'épuiser à le combattre avec la police. En comparaison avec Berne et Zurich, une étude souligne que Lausanne devrait instaurer une vraie collaboration entre ses différents services, y compris sociaux.

Commandée au printemps dernier par la direction de la sécurité, l'étude de 27 pages a été publiée mardi par la ville de Lausanne. Elle souligne d'emblée qu'elle n'est pas une évaluation, mais une analyse basée sur des interviews de différents responsables de Berne, Zurich et Lausanne.

Traumatismes fondateurs

Après les «traumatismes» des scènes ouvertes (Platzspitz, Letten, Kocherpark), les deux villes alémaniques ont mis en place des structures visant à éviter tout retour du phénomène. En partant du constant qu'il fallait réunir toutes les forces et les faire collaborer de manière efficace et structurée.

Du coup, à Berne comme à Zurich, le deal de rue n'est plus un problème majeur. Des réunions régulières permettent aux différents services de travailler ensemble et de veiller au grain contre la résurgence d'une scène ouverte.

Lausanne hésite

Ce qui signifie, à la fois, une certaine tolérance vis-à-vis d'une consommation canalisée de drogue (micro-deals) et une réaction prompte contre tout dérapage, par exemple l'appropriation de l'espace public par des trafiquants, relève l'étude rédigée par Pierre Esseiva, directeur adjoint de l'Ecole des sciences criminelles (ESC), Christine Burkhart, doctorante à l'ESC et Frank Zobel, directeur adjoint d'Addiction suisse.

Face à ces questions et aux réponses alémaniques, Lausanne semble hésiter. Il faut que la situation se dégrade vraiment, que les réactions de la population augmentent, que les médias s'y intéressent pour que des mesures urgentes soient annoncées.

Police corvéable

Avec comme corollaire souvent, des plans d'action revus et corrigés pour la police, corps auquel il est à l'évidence le plus facile de donner des ordres. L'étude montre pourtant à plusieurs reprises les difficultés pour la police de se retrouver en pointe et isolée sur ce dossier.

Surtout si l'on demande tout d'un coup à des policiers qui voudraient arrêter des délinquants d'aller pacifier l'espace public. «Aller à la rencontre des habitants, préserver le calme et la sérénité (...) sont parfois ressentis comme une punition» par les agents.

Pour un vrai partenariat

L'étude relève «les mesures d'urgence assumées presque entièrement par la police en fonction des situations ponctuelles intolérables». Elle déplore que les efforts de la chaîne pénale «restent dans des schémas répressifs traditionnels (...) sans intégrer franchement et de manière équilibrée les autres acteurs dans une approche plus transversale».

La coordination entre les différents acteurs «semble beaucoup plus développée à Berne et Zurich tant au niveau formel qu'informel», constate l'étude. Si l'on se montre souple et pragmatique côté alémanique, Lausanne se distingue aussi par «une certaine rigidité et une tendance top-down (de haut en bas)» et une action chacun pour soi, en silo. (ats/nxp)

Créé: 27.02.2019, 14h20

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