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Jouer à se faire peur… La fin du monde existe depuis la nuit des temps!

Evoquer l'apocalypse constitue une permanence historique. L'auteur de «Mythe de la fin du monde, de l’Antiquité à 2012» nous le rappelle à bon escient. La prochaine échéance est déjà fixée au 10 avril 2014.

Hello le soleil! Le 1er janvier 2010 à Cancun, dans le Yucatan.

Hello le soleil! Le 1er janvier 2010 à Cancun, dans le Yucatan. Image: Reuters

Luc Mary, historien des sciences. (Image: DR)

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L’apocalypse promise par des prophètes plus ou moins illuminés, amplifiée par internet et abondamment répercutée par le tam-tam médiatique, est censée se produire le 21 décembre. Ce n’est pas la première (et à coup sûr!) pas la dernière fois que le genre humain joue à se faire peur.

Dans une interview accordée à Libération, Luc Mary, historien des sciences et auteur du «Mythe de la fin du monde, de l’Antiquité à 2012» (Editions Trajectoire, 2009), souligne que l’«apocalypse» du 21 décembre 2012 est la 183e prédiction, comptabilisée par ses soins, depuis la chute de l’Empire romain. La dernière en date était celle de 2008, lorsque des astrophysiciens avaient prédit que «la mise en route du méga accélérateur de particules du Centre européen de physique nucléaire (CERN), à Genève, entraînerait un énorme trou noir qui avalerait la Terre».

Luc Mary précise par la même occasion que la prochaine prédiction avance la date du 10 avril 2014. Elle émane des adeptes de la Kabbale (tradition ésotérique du judaïsme) assurant que ce jour-là sera «la revanche du diable».

Un mythe fondateur de l’humanité

«La fin du monde existe depuis le commencement du monde. C’est une permanence historique. Dans une perspective biblique, elle est même un mythe fondateur de l’humanité, puisque nous serions tous des rescapés du Déluge, c’est-à-dire d’une fin du monde. La fin du monde est étroitement liée aux religions monothéistes, qui ont une conception linéaire du temps, et non pas cyclique, comme c’est le cas des Mayas par exemple».

Luc Mary tient à préciser à ce propos que les Mayas n’ont jamais prophétisé la fin du monde, mais le début d’un nouveau cycle. De même l’Antiquité ne craignait pas non plus l’apocalypse, les dieux du Panthéon grec faisant eux-mêmes partie du monde, et ne l’ayant dès lors pas engendré.

«Pour les religions monothéistes, il y a la Genèse et le Jugement dernier. Dieu a créé le monde, Dieu le détruira. La peur de la fin du monde, c’est la peur du châtiment divin».

Périodes de crise propices au prophétisme

A la question de savoir s’il existe des pics de peurs de l’apocalypse, l’expert français en histoire des sciences souligne que «les périodes de crise sont bien sûr propices au prophétisme apocalyptique».

Pour Luc Mary, les croyances n’ont en aucun cas reflué avec le développement de la science et le déclin des religions. Et l’expert de faire le constat suivant : «Force est d’admettre que l'éducation scientifique n’est pas un acquis pour tout le monde, en tout cas pas pour nombre de prophètes de mauvais augure (…). L’astronomie nous a appris que l’univers n'était pas éternel. Le soleil a une fin. Une supernova peut nous exploser sur le coin de la figure la semaine prochaine. Bref, le cosmos est un milieu hostile. La fin du monde s’est d’ailleurs déjà produite, il y a 65 millions d’années, quand un astéroïde tombé au Mexique (déjà! ndlr) a provoqué la disparition de plus de 70% des espèces, dont les dinosaures».

Pas demain la veille

En conclusion, l’historien des sciences se livre à son tour à une prédiction. A la question posée sur la datation de la «vrai fin du monde», il donne la réponse suivante: «Si l’on parle de la disparition de la Terre, au plus tard dans cinq milliards d’années, quand elle se retrouvera dans le brasier solaire et ne sera plus qu'une boule de lave. Si l’on parle de la disparition de l’humanité, bien avant. Dans un milliard d’années, il fera dans les 100°C sur Terre. Mais, d’ici là, l’homme aura peut-être trouvé le moyen de s’exiler ailleurs dans l’espace et nos lointains descendants auront peut-être oublié l’existence même de la Terre...».

De quoi rassurer encore plusieurs générations d’individus qui continueront toutefois à se faire peur parce que dramatiser l’avenir est un moyen de l’exorciser.

Créé: 19.12.2012, 11h14

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